Culte du dimanche 11 janvier 2026
Textes
Ésaïe 42.1-7
Actes 10.34-38
Matthieu 3.13-17
Philippiens 1, 4-11 :
Je ne cesse, dans toutes mes prières pour vous tous, de prier avec joie, à cause de la part que vous prenez à la bonne nouvelle, depuis le premier jour jusqu’à maintenant. Je suis persuadé que celui qui a commencé en vous une œuvre bonne en poursuivra l’achèvement jusqu’au jour de Jésus-Christ.
Il est juste que j’aie pour vous de telles pensées, parce que je vous porte dans mon cœur et que, dans ma condition de prisonnier comme dans la défense et la confirmation de la bonne nouvelle, vous avez tous part à la même grâce que moi. Dieu m’est témoin, en effet, que j’ai une vive affection pour vous tous, la tendresse même de Jésus-Christ.
Ce que je demande dans mes prières, c’est que votre amour abonde de plus en plus en connaissance et en vraie sensibilité ; qu’ainsi vous sachiez discerner ce qui est important, afin que vous soyez sincères et irréprochables pour le jour du Christ et que vous soyez remplis du fruit de justice qui vient par Jésus-Christ, à la gloire et à la louange de Dieu.
Luc 3, 1-6 :
La quinzième année du gouvernement de Tibère César alors que Ponce Pilate était le gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée, Philippe son frère, tétrarque de l’Iturée et du territoire de la Trachonitide, Lysanias tétrarque de l’Abilène, et du temps des grands prêtres Anne et Caïphe- la parole de Dieu parvint à Jean, fils de Zacharie dans le désert.
Il se rendit dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de changement radical, pour le pardon des péchés, selon ce qui est écrit dans le livre des paroles du prophète Esaïe :
C’est celui qui crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
Rendez droits ses sentiers !
Toute vallée sera comblée,
Toute montagne et toute colline seront abaissées,
Les passages tortueux deviendront droits,
Les chemins raboteux seront nivelés,
Et tous verront le salut de Dieu.
PRÉDICATION
Étienne Tissot
En ce dimanche 11 janvier, nous sommes le premier dimanche après l’Epiphanie. Jésus a été présenté au Temple, il a grandi. Le texte de l’Evangile de Luc que j’ai choisi, parle de Jean Baptiste avant le baptême de Jésus. Quant à celui de l’Epitre aux Philippiens que nous avons lu, indiqué dans « Soif du Dieu vivant qui a succédé à « la Bible en six ans », il peut sembler au premier abord avoir peu de rapport avec Luc, je vais essayer de vous prouver le contraire.
Les versets de l’Evangile mettent en avant l’activité prophétique de Jean-Baptiste et sa vocation de précurseur. Rappelons-nous de Marie, la mère de Jésus qui, après l’Annonciation, va rendre visite à Elisabeth, sa parente, enceinte de Jean. Dès la salutation de Marie, l’enfant avait tressailli dans le ventre d’Elisabeth. Sa naissance va précéder celle de Jésus ; Jean est bien un précurseur.
Les deux premiers versets peuvent paraître surprenants, une longue énumération de personnalités, mais cela permet à Luc d’ancrer les évènements évangéliques dans une chronologie empruntée à l’histoire de l’Empire romain. Luc rappelle qui sont les autorités de l’époque. Nous sommes pendant la quinzième année de l’empire de Tibère, alors que Ponce Pilate était gouverneur de la Judée, ce qui situe la scène vers 27 ou 28 après Jésus-Christ. Le royaume d’Hérode le Grand qui régnait au moment de la naissance de Jésus, avait été divisé après sa mort en de plus petites entités sous l’autorité de petits rois locaux qui portaient le titre de tétrarques. Trois sont cités ici dans l’Evangile de Luc, dont Hérode, fils d’Hérode le grand, roi de Galilée qui fera plus tard décapiter Jean. Les grands prêtres du Temple de Jérusalem sont Anne et ensuite Caïphe son gendre qui joueront tous les deux un rôle majeur dans la crucifixion de Jésus. Cette énumération annonce donc de grands évènements dans lesquels sont impliqués les personnages cités.
Jean était le fils de Zacharie, un des prêtres du temple de Jérusalem et tout aurait pu faire penser que la vocation de Jean était de suivre la même voie que son père, mais ce ne sera pas le cas, car il est écrit « La parole de Dieu parvint à Jean » C’est une formule que l’on retrouve à plusieurs reprises chez les prophètes dans le Premier Testament. Cela nous renvoie aussi à l’hymne de son père Zacharie au début de l’Evangile de Luc 1, 76 « Et toi, mon enfant, tu seras appelé prophète du Très Haut ; car tu iras devant le Seigneur pour préparer ses chemins. » Jean s’inscrit donc dans cette lignée prophétique. Le texte précise que l’appel a lieu dans le désert. Pour nous, protestants, ce mot revêt une importance considérable ; pendant les persécutions, après la Révocation de l’Edit de Nantes, le culte avait lieu au désert et chaque année, le premier dimanche de septembre, notre Eglise Protestante Unie célèbre le culte de rentrée au Musée du Désert à Mialet dans le Gard. Mais ce mot, dans le contexte, peut avoir plusieurs significations : il rappelle aux juifs l’Exode et la traversée du désert, il rappelle le séjour de Jésus au désert, confronté à la tentation à trois reprises, il rappelle aussi que le désert est un lieu de dépouillement, de prière, de médiation, pensons à Charles de Foucault, à Saint-Exupéry ; c’est sans doute pour cette dernière raison pour méditer et pour prier que Jean était au désert.
Jean obéit à l’appel de la parole de Dieu sans discuter, il se met en route immédiatement et se rend dans la région du Jourdain où il va commencer à baptiser. Jean pratique un baptême par immersion dans le Jourdain, un baptême de changement radical, comme le dit la traduction de Louis Segond. C’est bien sûr un baptême de purification pour le pardon des péchés, mais c’est plus que cela. Le terme grec metanoia est un terme très fort. Certains théologiens protestants insistent sur ce changement radical, sur cette conversion et parlent de nouvelle naissance. Cela conduit à ne plus vivre selon les principes du monde, mais selon ceux de Dieu.
Jean, dans la lignée des prophètes est un précurseur « Tu iras devant le Seigneur pour préparer ses chemins » comme le disait Zacharie à la suite du prophète Esaïe. Jean est celui qui crie dans le désert ; là-aussi il faut faire attention au sens des mots. De nos jours, crier dans le désert, c’est crier sans être entendu, c’est parler dans le vide, cela ne sert à rien ; ici Jean crie dans le désert, car il y a autour de lui beaucoup de gens qui viennent pour être baptisés. Cela peut aussi constituer un rappel de l’Exode quand Dieu a fait traverser le désert au peuple pour le libérer d’Egypte, ici les personnes baptisées par Jean seront libérées de leurs péchés et commenceront une vie nouvelle. Rappelons-le, Jean n’annonce pas lui-même la bonne nouvelle, il prépare le chemin du Seigneur, c’est un précurseur. Aujourd’hui, c’est à notre tour, c’est à nous de veiller, de prier, de préparer le chemin du Seigneur. Préparer les chemins du Seigneur, ce sont les mots clés des versets que nous avons lus.
La suite du texte de l’Evangile est allégorique, le chemin doit être droit et plat, les vallées seront comblées, les montagnes et les collines seront abaissées. Les obstacles, les doutes, seront supprimés pour permettre une écoute facile de la parole. Et le texte se termine par une promesse : tous verront le salut de Dieu, comme l’avait annoncé Syméon après avoir vu Jésus enfant au Temple « Car mes yeux ont vu ton salut, celui que tu as préparé devant tous les peuples, lumière pour la révélation aux nations » Quelle promesse adressée par Esaïe, par Jean, mais qui s’adresse à nous tous, aujourd’hui ; nous sommes sauvés par grâce, au moyen de la foi, don gratuit de Dieu, comme le dit l’Epitre aux Ephésiens. Nous sommes sauvés par la mort et la résurrection du Christ.
Les versets de l’Epitre aux Philippiens constituent une prière d’intercession de Paul pour l’Eglise de Philippe. Elle est précédée d’une prière d’action de grâces au verset précédent, une invitation à partager son œuvre apostolique, à l’imiter, à participer à sa joie. Pour moi, une prière d’intercession est encore plus belle quand elle commence par une action de grâces, un remerciement à notre Dieu.
Paul prie pour l’Eglise, mais aussi pour chacun des Philippiens, c’est une vraie prière d’intercession, pleine de sensibilité et d’amour, car Paul connaît chacun d’entre eux, comme Dieu connaît chacun d’entre nous.
L’Eglise de Philippe est particulièrement chère au cœur de Paul ; elle a répondu à ses prédications, elle est active, elle annonce la Bonne Parole, elle est bienveillante et généreuse envers lui. Paul prie, il le répète plusieurs fois, pour l’Eglise de Philippe, et il le fait dans la joie, ce qui, hélas n’est pas très fréquent dans la prière, j’allais dire peut-être plus encore aujourd’hui, et pourtant, Paul est en prison. On ne sait où, ni pourquoi, ni comment, mais il est dans la joie, dans l’espérance, alors qu’il pourrait penser à son sort incertain de prisonnier. Il est dans la joie et il prie, pour que l’annonce de la bonne nouvelle qui est vivante à Philippe dure jusqu’au jour de Jésus-Christ. Il prie car il sait que les Philippiens ont droit à la même grâce que lui. Il prie pour que leur amour soit abondant, que l’amour leur permette de discerner ce qui est le plus important dans la sincérité et l’absence de reproches, car l’amour est la chose la plus fondamentale dans la vie chrétienne ; nous devons nous en souvenir sans cesse.
Le lien entre l’Evangile que nous avons lu et l’Epitre aux Philippiens peut nous servir de conclusion dans notre vie chrétienne d’aujourd’hui. Nés de nouveau par la grâce de Dieu, par la mort et la résurrection du Christ, annonçons la Bonne Nouvelle de l’Evangile dans la joie qu’elle nous donne. Nous sommes invités à partager la joie, comme le disait il y a peu d’années le slogan de RCF, radio chrétienne francophone, fondée à Lyon et d’emblée œcuménique ; ce slogan, c’est « la joie se partage ». Malgré les difficultés, malgré la situation nationale et internationale, choisissons la joie ; c’est un chemin de vie qui nous est donné comme résistance à la morosité et à la désespérance ambiantes ! Ne soyons pas tristes, inquiets, repliés sur nous-mêmes. Partageons cette joie qui doit rayonner en nous ! Empruntons le chemin de l’Evangile que Jean a préparé et pour lequel Jésus qui vient de naître et qui va être baptisé par Jean nous donnera la force et la joie !
Amen
Prochain culte
Dimanche 18 janvier 2026
10h30
