Culte du dimanche 12 avril 2026
Textes
Actes 2.42-47
1 Pierre 1.3-9
Jean 20.19-31
Jean 10, 1-10
1« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre pas par la porte dans l’enclos des brebis mais qui escalade par un autre côté, celui-là est un voleur et un brigand. 2 Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis. 3 Celui qui garde la porte lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix ; les brebis qui lui appartiennent, il les appelle, chacune par son nom, et ils les emmène dehors. 4 Lorsqu’il les a toutes fait sortir, il marche à leur tête, et elles le suivent parce qu’elles connaissent sa voix. 5 Jamais elles ne suivront un étranger ; bien plus, elles le fuiront parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers. » 6 Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas la portée de ce qu’il disait. 7 Jésus reprit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. 8 Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands, mais les brebis ne les ont pas écoutés. 9 Je suis la porte : si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, il ira et viendra et trouvera de quoi se nourrir. 10 Le voleur ne se présente que pour voler, pour tuer et pour perdre ; moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. – TOB
Prédication
Arthur Gerslé-Joly, pasteur
« Je suis la porte »
Cher.es sœurs et frères,
« la porte, c’est moi », ou selon d’autres traductions, « je suis la porte ». Voici l’énigmatique phrase clé de Jésus dans notre texte. Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire, dans le contexte de l’évangile de Jean, si mystérieux voire mystique ? Pourquoi dire « je suis la porte », juste avant « je suis le bon berger », quelques versets ensuite ? Quelle signification pour nous aujourd’hui ? Autantde questions auxquelles nous pouvons réfléchir…
Contexte et théologie de Jean
Cette parole de Jésus fait partie des sept paroles en « je suis » dans l’évangile de Jean 1 (ego eimi en grec, littéralement « moi, je suis »). Comme beaucoup d’éléments dans cet évangile, il s’agit de symboles, c’est-à-dire de choses qui sont signifiantes concrètement, pour mettre en relief des aspects abstraits, divins, spirituels, qui ne nous seraient pas accessibles autrement.
Sept est le chiffre de la perfection, celui de l’accompli : la création du monde s’est faite symboliquement sur 7 jours, y compris le jour du sabbat. Ainsi, les sept paroles de Jésus en « je suis » établissent un nouvel enseignement, un enseignement parfait, accompli, une loi parfaite, en regard du récit de la Genèse, que Jean paraphrase d’ailleurs dans son prologue.
« Je suis » est une parole symbolique, prononcée uniquement par Dieu lui-même dans l’Ancien Testament, en réponse à la question de Moïse devant le buisson ardent. Le fait que Jésus reprenne cette expression n’est pas neutre. Elle réécrit la Torah, la loi de Dieu, en la reprenant à son compte.
Autrement dit, l’évangéliste attribue à Jésus, avec ces paroles, tous les symboles attribués à Dieu dans la Torah. Il s’agit d’une véritable révolution dans le milieu juif, ou plus exactement en marge du milieu juif du premier siècle de notre ère, car cela élève Jésus au même rang que Dieu.
C’est la révélation de Jésus comme le Christ, l’être humain choisi par Dieu, sacré par lui, et aussi le seul à égalité avec Dieu. Cette théologie particulière, centrée sur Jésus comme seul intermédiaire des humains avec Dieu, et partageant avec lui cette nature divine, souligne l’aspect mystique de l’évangile de Jean par rapport aux autres.
C’est aussi cette théologie qui a suscité beaucoup de questions sur la double nature de Jésus, à la fois vrai homme et vrai dieu, dans les premiers siècles, ce qu’on a appelé les conciles oecuméniques. Dans notre texte d’aujourd’hui, cette double nature présente une véritable importance, comme nous allons le voir, en particulier avec cette image de la porte.
Porte et non berger
Dans notre texte, justement, nous trouvons deux phrases de Jésus, reprenant l’analogie avec la bergerie, l’enclos. La première, au verset 7, dit « la porte pour les moutons, c’est moi » ; d’autres traductions disent « je suis la porte des brebis » ; la second au verset 9 reprend « la porte, c’est moi » ou « je suis la porte ».
La première chose que l’on peut remarquer, c’est que Jésus se distingue des voleurs et des bandits qu’il évoque, non pas en se représentant comme le portier, ou le berger, mais comme la porte ! Pourquoi donc prendre le rôle d’un objet inanimé, passif, malmené, plutôt que celui d’un acteur protecteur, comme il le fera quelques versets plus loin ?
De plus, Jésus passe du particulier au général, de la porte pour l’enclos des brebis, à la porte qui s’avère être la porte du salut, adressée à tous les êtres humains, tous ceux qui écoutent ce texte et le mettent en pratique. Ainsi, il évoque un texte de vocation : « celui qui entre par la porte, c’est le berger des moutons ». Autrement dit, les personnes qui prennent Jésus et son enseignement en compte, qui passent par cette porte qu’il constitue, en l’ouvrant, en entrant ainsi dans ce lieu protégé qu’est la bergerie, sont des bergers. Je devrais dire qu’elles deviennent des berger.es, en se plongeant dans la Parole de Dieu pour mieux connaître leurs voisin.es, leur parler et ressentir l’amour divin pour elles et eux !
Jésus, la porte, devient l’intermédiaire entre l’extérieur, dangereux, et l’intérieur, protégé. Il est à la fois à l’intérieur et à l’extérieur, à la fois homme et dieu, à la fois protecteur et partie du peuple qu’il protège. Il est l’intermédiaire par excellence, celui qui est présent partout et si insignifiant qu’on ne le voit même plus : qui fait encore attention aux portes chez soi ?
Jésus comme intermédiaire du salut
Les brebis et les images du premier siècle, cela ne nous parle peut-être plus beaucoup aujourd’hui… Alors que les agriculteurs ne représentent plus que 3 à 5 % de la population active, voilà un récit qui ne nous évoque peut-être plus d’image évidente.
Parlons plutôt liturgie, si vous le voulez bien. Je pense que ce n’est pas un hasard si ce texte est placé, comme un flashback, un retour sur l’enseignement de Jésus, après sa résurrection, après notre fête de Pâques, et entre Pâques et Pentecôte. Nous sommes ce dimanche entre ces deux fêtes, celle de la résurrection du Christ, et celle de la venue de l’Esprit sur l’ensemble des croyants. Jésus nous dit « je suis la porte ». N’est-ce pas la porte sur le chemin, entre la résurrection et l’envoi, entre la réception de cette nouvelle extraordinaire qu’est la résurrection, la victoire sur la mort, et l’envoi en mission ?
Ce dimanche c’est, pour garder l’analogie de nos constructions, la charnière : c’est ce qui fait que la porte peut s’ouvrir ou se fermer, ce qui permet de bouger, de faire un virage, une avancée, une modulation, un changement de direction.
Oui, la résurrection est passée. Nous avons vu qu’il s’agit d’une nouvelle particulièrement difficile à avaler, si je puis le dire ainsi. Nous, comme les disciples, avons bien des difficultés à nous représenter ce que cela peut signifier, tout en le confessant tant bien que mal : Jésus est vivant, il est ressuscité d’entre les morts. Et le tournant se fait lorsque, non contents de devoir intégrer cette information, nous sommes également chargé.es de la transmettre ! Quel fardeau… Comment faire ?
Jésus nous le dit lui-même : il est la porte, il suffit de passer par lui pour être sauvé.e. Qu’est ce que cela signifie ? Nous l’avons vu : s’il est la porte, il sépare ce qui est dedans, inclus, à l’intérieur, de ce qui est dehors, exclus, à l’extérieur. Dans le chapitre qui précède notre texte, l’évangéliste raconte l’histoire d’un aveugle de naissance, que Jésus guérit. Cet aveugle était en dehors de la société, à la porte de la ville, et Jésus le replace dedans. Le salut réside dans l’inclusion, et Jésus y joue un rôle clé.
La question que nous pouvons poser alors, c’est celle du sens : n’y a-t-il qu’un seul sens possible à notre vie, celui de passer de dehors à dedans, de se mettre sous la protection de Dieu et ne plus en sortir ? Pourtant Jésus nous dit « celui qui entre en passant par moi sera sauvé. Il pourra entrer et sortir ». Alors, le sens du salut et de notre existence n’est pas dans la fermeture de cette porte qu’est Jésus. D’après notre texte, il s’agit de rien de moins que la vie, la vraie vie, celle qui vient de Jésus, tellement qu’il en est ressuscité, et qu’il la diffuse en abondance !
Cette vie-là, nous ne pouvons pas la prendre, nous ne pouvons pas la construire, il nous faut un peu d’humilité. Elle est donnée par quelqu’un d’extérieur à nous, quelqu’un qui donne sens à nos communautés, à nos existences individuelles, qui nous donne un nom. Le loup ou le voleur ne distinguent pas ce qu’ils dévorent ou ce qu’ils volent : un mouton est un mouton, quel qu’il soit, il sera bon à manger ou à vendre !
Mais pour le berger, un mouton ce n’est pas seulement une réserve de viande. C’est un animal, qu’il a vu naître, qu’il a soigné, nourri, surveillé, vu grandir… Et pour Jésus, tour à tour porte, puis bon berger, c’est ce qui va faire la différence, qui va faire passer de l’extérieur à l’intérieur ; d’une proie inconnue à un enfant désiré, choyé et bien-aimé de Dieu !
Conclusion – de Pâques à Pentecôte
« Je suis la porte ». À notre tour, à présent, de passer par cette porte. À nous de savoir nous nourrir de la résurrection du Christ, pour nous préparer à cette grande fête de la Pentecôte, à recevoir l’Esprit pour pouvoir à notre tour transmettre joyeusement cette bonne nouvelle au plus grand nombre !
À notre tour aussi, de savoir passer par la porte pour guider nos semblables. Soyons inventif.ves, sachons innover, soyons à l’écoute de la parole de Dieu, de l’enseignement de Jésus pour pouvoir à notre tour le transmettre ! Préparons-nous à accueillir l’Esprit Saint parmi nous, une fois de plus, dans quelques jours, avec joie…
Amen
1 Jean 6, 35 ; 8, 12 ; 10, 7-9 ; 10, 11-14 ; 11, 25 ; 14, 6 ; 15,1
