Culte du dimanche 29 mars 2026
Textes
Es 50.4-7
Ph 2.6-11
Mt 21.1-11
Mt 21. 1-11
Prédication
Alain Quillet
Revoilà la belle image pour les séances de catéchèse ; elle est restée dans nos esprits car elle est avant tout spectaculaire. Telle qu’elle a été annoncée par Zacharie 600 ans avant la naissance de Jesus. (lecture de Za 9 v. 9 à 10).
Jésus, humble et doux, monté sur une ânesse, accueilli par une foule en liesse qui tapisse le sol devant lui avec des vêtements et des branchages , les fameux rameaux. Et cette foule l’accueille en Roi !
C’est le moment de nous poser quelques questions et déjà nous mettons le doigt sur une première ambiguïté : c’est que le roi tant attendu s’approche, sans apparence royale, mais sur une ânesse, à à l’imitation des fondateurs d’Israël. En fait, la foule attend un libérateur triomphant qui va les libérer de l’occupant Romains et voilà que se présentent Jésus, ses compagnons et leurs familles. Pas d’or, pas de beaux vêtements, pas d’armes ni de belles montures, rien à voir avec une cour royale.
Et pourtant, le cortège est accueilli avec un enthousiasme apparent. Et avec des acclamations comme « Hosanna au fils de David ! » Et là je vous renvoie au chapitre premier du témoignage de Matthieu, avec la généalogie de Jésus depuis Abraham. Et c’est le mari de sa mère qui est de la maison de David… « Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, que l’on appelle Christ. » Et c’est la seconde ambiguïté. Fils de Joseph ou fils de Dieu, comme il se nomme lui-même ? Pour ceux qui l’acclament, qui est Jésus à ce moment là ?
Peut-on imaginer Jésus partageant pleinement la joie de la foule, lui qui accomplit son destin, en conformité avec les Écritures, lui qui marche volontairement vers son supplice et sa mort terrestre ? Peut-on imaginer les pensées qui agitent ses compagnons ? Ils sont informés de ce qui attend leur Maître, comment pourraient-ils être joyeux ? Troisième ambiguïté. deux mondes se croisent sans se comprendre, à l’exacte frontière entre la première et la seconde Alliance.
Il est encore plus vrai qu’ils ne peuvent pas se comprendre quand on entend la question « Qui est-ce ? ». Réponse « c’est je prophète Jésus, de Nazareth en Galilée » la foule, en émoi nous dit Matthieu, applaudit mais elle ne sait pas bien qui.
On notera que Jésus, qui connaît la suite de l’histoire, ne dit rien, il passe…
Je vous propose maintenant quelques réponses à ces questions
Ce texte de Matthieu n’est pas un reportage sur l’entrée de Jésus à Jérusalem c’est un texte de combat théologique et de conviction.
Écrit presque 50 ans après les événements par la communauté matthéenne des croyants en Christ, il exprime la foi de cette communauté judéo-chrétienne. (A la fin du 1er siècle, elle est active en Syrie, en Galilée et à Jérusalem, en relation étroite mais conflictuelle avec le judaïsme traditionnel. Elle est peut-être l’autrice de l’Evangile de Matthieu).
Leur Sauveur Jésus est entré à Jérusalem, et les foules ont reconnu en lui le Messie. Mais il est ici souligné avec force que Jésus Christ accomplit les promesses de l’Ancien Testament et qu’il est bien celui que les Écritures annonçaient. (5 mn)
La foule qui accueille Jésus en criant Hosanna (sauve nous ) voit en lui le sauveur espéré. Cette compréhension de Jésus Christ comme sauveur est appuyée par un détail. Matthieu nous dit que « toute la ville fut en émoi ». On pourrait aussi traduire : « toute la ville fut secouée » ou « toute la ville trembla » car il s’agit d’un verbe en lien avec la notion de séisme, ce qui secoue très fort.
Jésus n’a pourtant rien d’impressionnant quand il entre dans Jérusalem, c’est qu’il est dans son état d’esprit quasi habituel : humble, modeste et doux, tout à fait conforme à la prophétie de Zacharie.
Ce n’est pas la première fois, dans l’évangile de Matthieu, qu’on parle de douceur. Jésus lui-même emploie deux fois ce mot. Il dit « Heureux les doux, ils hériteront de la terre » (Matthieu 5 v 5). Il dit aussi « Prenez sur vous mon joug et venez à ma suite, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos » (Matthieu 11v 29).
Mais lui qui va chasser les marchands du Temple, qui va tenir des propos d’une incroyable dureté à l’encontre de certains de ses contemporains, qui va prédire la ruine de Jérusalem… comment peut-on dire de lui qu’il est doux. Mais Jésus n’a jamais détruit ni maison ni ville, ni Temple. Il n’a jamais agi autrement qu’en invité.
Il n’a jamais fait usage de la force pour amener quelqu’un à devenir son disciple, et encore moins son esclave. Son enseignement fut incisif, nous le savons, mais Lui n’a pas cherché à faire école. Il a agi, certes, avec puissance, mais sans jamais tuer, blesser ou asservir qui que ce soit.
Jésus n’a pas enrôlé des hommes et des femmes pour se constituer une armée personnelle capable de faire de lui un prince de ce monde. Il a cherché des disciples, et, en ayant trouvé , il les a cherchés encore, et toujours, pour faire d’eux des compagnons de route pour leurs semblables, et non pas des maîtres et des dominateurs. Nous, lecteurs attentifs de l’évangile des Rameaux, nous savons tous très bien que, quelques jours plus tard, Jésus plein de douceur sera arrêté, sera violenté, et repoussé par la foule qui ,l’avait acclamé, il périra sur la croix, la mort la plus infamante, celle des esclaves révoltés. Demandons nous « Pourquoi ? »
Pour des raisons religieuses ? Les Romains étaient très tolérants en matière de diversité religieuse, pourvu que les religions ne troublent pas la paix civile, parce que seule la paix civile permet de rendre le commerce durablement prospère.
Mais pour quelle raison alors ?
Parce que la douceur de Jésus était insupportable. Insupportable à tous ceux qui veulent dominer, par la parole et, si cela ne suffit pas, par la corruption, et si ça ne suffit pas, dominer par la force ; insupportable à tous ceux pour qui la fin justifie les moyens ; insupportable à tous ceux qui veulent asservir plutôt que rendre libre. Ces gens-là ont assassiné Jésus.
A la suite pas si lointaine de Titus et ses légions, les faux chrétiens Trump et Poutine, le faux juif Nethaniaou (qui, accessoirement, n’est ni Sémite ni Hébreu) ces tueurs de masses et leurs bandes armées, avec l’acquiescement de leurs clergés respectifs, tous de religions du Livre, Eh bien ces tueurs de masse continuent de violenter, humilier, assassiner leurs semblables, enfants compris, en méprisant ouvertement le Message Universel délivré et amplifié jusqu’à la mort par Notre Seigneur Jésus Christ : « Aimez-vous les uns les autres ». C’est pourtant simple.
Nous n’entrerons jamais triomphants dans Jérusalem, ni ailleurs. Nous vivrons sans gloire ni puissance mais pas sans humilié ni douceur. Et en gardant rivé à nos esprits le message de Jésus Christ, nous pourrons peut-être sauvegarder le repos et la paix autour de nous.
A Dieu seul soit la gloire Amen
