Textes
Actes 2.14, 36-41
1 Pierre 2.20-25
Jean 10.1-10
Jean 14, 1-12
1 Jésus dit à ses disciples : « Ne soyez pas inquiets, croyez en Dieu et croyez aussi en moi. 2 Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup d’endroits pour habiter. C’est pourquoi je vous ai dit : “Je vais vous préparer une place.” 3 Et, quand je serai allé vous préparer une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi. De cette façon, vous serez vous aussi là où je suis. 4 Et le chemin qui conduit là où je vais, vous le connaissez. »
5 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment est-ce que nous pourrions connaître le chemin ? »
6 Jésus lui répond : « Le chemin, la vérité, la vie, c’est moi. Personne ne va au Père sans passer par moi. 7 Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. À partir de maintenant, vous le connaissez et vous l’avez vu. »
8 Philippe dit à Jésus : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. »
9 Jésus lui répond : « Philippe, je suis avec vous depuis si longtemps, et tu ne me connais pas ? Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ? 10 Je vis dans le Père et le Père vit en moi. Tu ne crois pas cela ? Les paroles que je vous dis ne viennent pas de moi, mais le Père habite en moi, et c’est lui qui agit. 11 Croyez-moi quand je vous dis : “Je vis dans le Père, et le Père vit en moi.” Sinon, croyez au moins à cause de mes actions.
12 « Oui, je vous le dis, c’est la vérité : si quelqu’un croit en moi, il fera lui aussi les actions que je fais. Cette personne fera même des actions encore plus grandes, parce que je vais près du Père.
Prédication
Arthur Gerslé-Joly, pasteur
Chemin, vérité, vie
Cher.es sœurs et frères,
Jésus le Christ annonce sa disparition. Bientôt, les disciples seront laissés seuls et devront faire face à l’absence, à l’incompréhension. Il se profile déjà un présent sans avenir. Ce que les disciples ne pouvaient pas comprendre, c’est que la mort du Christ, la mort de Jésus, n’est pas la fin, mais le début. C’est le moment où il « va près du Père ». Dans l’évangile selon Jean, aller près du Père, vers le Père est le cœur de l’Évangile, de la bonne nouvelle. Aller vers le Père, ce n’est pas la fin de l’histoire, c’est le début. Ce n’est pas la fin, la rupture de la relation à Dieu, c’est le début. C’est le début d’une histoire…
C’est le début d’une histoire où Dieu se révèle. Lorsque Jésus dit « Je vis dans le Père et le Père vit en moi », il nous fait comprendre une chose étonnante : là où lui, Jésus, se tient, Dieu se tient aussi. Là où il parle, Dieu parle. Là où il agit, Dieu agit. Mais aussi, ce qu’il ne dit pas, Dieu ne le dit pas. Ce qu’il ne fait pas, Dieu ne le fait pas. Pour connaître Dieu, regardons Jésus, écoutons Jésus !
Si on accepte cela, si on accepte de ne plus chercher Dieu que là, en cet homme, et pas dans les spéculations métaphysiques et les grandes questions sans réponse, alors on est obligé d’abandonner toutes nos tentatives pour comprendre Dieu à notre façon, pour le faire rentrer dans la boîte à chaussures de notre imagination.
Tenter de dire pourquoi la souffrance et la mort dues à la maladie ? Fini.
Tenter d’expliquer pourquoi le dernier tremblement de terre qui a rasé une ville ? Fini.
Tenter d’expliquer pourquoi les atrocités dont sont capables les humains ? Fini aussi.
Parce que ce n’est pas là que nous rencontrons Dieu. Nous rencontrons Dieu dans cet homme-là, qui n’a jamais tué personne, mais qui a ressuscité Lazare. Dans cet homme-là, qui n’a jamais rendu personne malade, mais qui a guéri. Dans cet homme-là, qui n’a jamais rendu personne paralytique, mais qui a fait marcher les estropiés. Cet homme-là n’a jamais révélé un Dieu tyran, assoiffé de vengeance et de sang, mais un Dieu de douceur, de tendresse, un Père. Pas un Dieu qui nous surveille du coin de l’œil en permanence pour s’assurer que nous marchons à la baguette, mais un Père qui se réjouit de voir ses enfants se relever lorsqu’ils ont trébuché. Pas un Dieu qui envoie en enfer ceux qu’il a envie de persécuter, mais un Dieu qui ouvre grand sa maison pour que nous y demeurions.
Un Père qui ne fait que nous attendre dans cette demeure. Demeurez dans mon amour, nous dit Jésus. Demeurez dans mon amour, nous dit Dieu. Demeurez dans mon amour… Ça a l’air abstrait ? Ça a l’air d’un petit poème un peu mièvre ? Vous croyez ? Alors nous n’avons pas vraiment entendu ce que nous dit Jésus.
« Le chemin, la vérité, la vie, c’est moi. » C’est la parole d’un Dieu qui appelle. Qui nous appelle. Qui ne fait qu’espérer notre réponse, sans jamais l’exiger. Il appelle, et il parle. « Le chemin, la vérité, la vie, c’est moi. » Et en même temps, « demeurez dans mon amour. » Demeurez en chemin. Demeurez dans l’amour du chemin. Croire en Dieu, c’est croire que la confiance en Dieu est possible, c’est engager sa foi, c’est marcher. Est-ce que ma foi me fait grandir vers le Père ? Est-ce qu’elle me fait avancer, ou est-ce qu’elle me paralyse ? Est-ce qu’elle me met en chemin, sereinement, assuré de l’amour qui m’est donné ? Ou est-ce qu’elle me pousse à vouloir voir le but à tout prix, à regarder par-dessus l’épaule du Christ pour essayer d’apercevoir un père que j’imagine toujours terrorisant ?
Demeurez en chemin… demeurez sur les pas du Christ qui guérit, qui appelle, qui ressuscite et qui fait danser les paralytiques ! C’est en chemin qu’il nous mène vers le Père. C’est dans les accidents du chemin qu’il se rend visible à nous. Dans les moments où nous ne savons plus quoi dire de notre foi, mais où il ouvre la voie, malgré tout, sans jamais se lasser de nous.
Demeurez en chemin, demeurez dans l’amour du chemin. Ce n’est pas les yeux fixés sur le ciel que nous pouvons avancer, mais dans ce monde, en chemin avec nos frères humains, tous nos frères, assurés qu’une demeure nous attend, préparée pour nous, mais chargés ici, et maintenant, de manifester la réalité du chemin. A ces disciples qui regardent au ciel, par- dessus sa tête, Jésus dit : regardez-moi, suivez mon chemin et faites comme moi. Donnez votre propre réponse vivante. C’est vous qui allez maintenant prendre en charge l’Évangile. Ce que je vous montre est plus concret, réel, et plus solide que vos rêves.
Demeurez en vérité. Demeurez dans l’amour de la vérité. La vérité n’est pas une idée objective, a priori, morte et définitive, qu’on « détiendrait », qu’on « posséderait », et qui dispenserait d’avoir à marcher et à vivre. La marche se prouve en marchant, le chemin se déroule, la vérité se construit, se découvre, se déploie, la vie s’approfondit et s’enrichit. C’est une vérité qu’on parcourt, qu’on explore, qu’on découvre, qu’on expérimente, qu’on ajuste. C’est un champ qu’on laboure en y semant sa vie, pas une autoroute. Nul ne peut faire l’économie de son propre chemin, vers elle et avec elle. C’est ce que nous voyons concrètement dans la vie de Jésus, la vérité de cette vie, ce chemin unique.
Comme un éclaireur, Jésus nous a ouvert et éclairé la route. Suivre Jésus, dit Jean, est la voie royale pour découvrir la vérité et la vie, en explorer les dimensions, la hauteur, la largeur, la profondeur. Et se dessine le visage du Père, et se découvre la vaste maison du Père où chacun avec sa vérité, la vérité de sa vie, trouve sa place, en frère ou sœur de Jésus…
Demeurez en vie, demeurez dans l’amour de la vie. Nul ne peut faire l’économie de sa réponse à Dieu et de son obéissance au Père. Nul ne peut faire l’économie de son chemin, de sa vie, de sa vérité. « Le chemin, la vérité, la vie, c’est moi », ce n’est pas un code secret, ce n’est pas une clé pour tout comprendre d’un Dieu mystérieux, ce sont les premiers mots d’une vie, c’est un doigt qui montre un chemin. Il s’agit maintenant de marcher, d’être vrai, de vivre. Aimer, c’est vivre ; et inversement, l’indifférence, le rejet, la rancœur, la méchanceté, c’est haïr et c’est être mort. Demeurez en vie, c’est un appel à être libre d’aimer comme nous sommes aimés.
Demeurez dans l’amour du chemin. Demeurez dans l’amour de la vérité. Demeurez dans l’amour de la vie. C’est ainsi que, dès maintenant, vous connaissez le Père. Le seul Dieu qui vive est le seul à nous accompagner sur nos chemins incertains, dans nos vérités incertaines, dans notre vie telle qu’elle est, avec nos vulnérabilités. Ceux qui, dans l’histoire, se sont engagés dans cette aventure ont fait des miracles plus grands que tous les signes que Jésus a manifestés sur terre, tout simplement parce qu’ils ont eu confiance dans cette parole qui les précédait, ils ont eu confiance dans la responsabilité qui leur était donnée.
Ils ont pris au sérieux la liberté qui leur était donnée de faire des miracles. De résister à la tentation de la résignation face au malheur. D’accomplir ces gestes de soin, de guérison, de libération, de compassion qui passent par nous pour manifester le Royaume de Dieu. En Jésus, le Royaume s’est approché, pour manifester un Dieu qui ne hait jamais, mais qui aime ; qui n’enferme jamais, mais qui libère ; qui n’accuse jamais, mais qui accueille ; qui n’accable jamais, mais qui libère.
Vous le pouvez, dit Jésus : vous le pouvez, dit Dieu. Car vous êtes, simplement, déjà, en chemin. Vous êtes en vérité. Vous êtes en vie. Et vous avez la liberté de le manifester, sérieusement, sereinement et joyeusement ! La suite de l’histoire est à écrire avec notre propre vie. Ce n’est pas une fin, c’est un début.
Amen
