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Eglise Protestante Unie de Villefranche sur Saône

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Culte du dimanche 21 juin 2026

 

Textes

 

Exode 4, 10-16

Jean 1, 1-18

 

Exode 4, 10-12

 

 

 

 

 

10 Moïse dit au SEIGNEUR : « Je t’en prie, Seigneur, je ne suis pas doué pour la parole, ni d’hier, ni d’avant-hier, ni depuis que tu parles à ton serviteur. J’ai la bouche lourde et la langue lourde. » 11 Le SEIGNEUR lui dit : « Qui a donné une bouche à l’homme ? Qui rend muet ou sourd, voyant ou aveugle ? N’est-ce pas moi, le SEIGNEUR ? 12 Et maintenant, va, JE SUIS avec ta bouche et je t’enseignerai ce que tu devras dire. » 13 Il dit : « Je t’en prie, Seigneur, envoie-le dire par qui tu voudras ! » 14 La colère du SEIGNEUR s’enflamma contre Moïse et il dit : « N’y a-t-il pas ton frère Aaron, le lévite ? Je sais qu’il a la parole facile, lui. Le voici même qui sort à ta rencontre ; quand il te verra, il se réjouira en son coeur. 15 Tu lui parleras et mettras les paroles en sa bouche. Et moi, JE SUIS avec ta bouche et avec sa bouche et je vous enseignerai ce que vous ferez. 16 Lui parlera pour toi au peuple, il sera ta bouche et tu seras son dieu.

– TOB

Jean 1, 1-18

1 Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. 2 Il était au commencement tourné vers Dieu. 3 Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, ne fut sans lui. 4 En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes, 5 et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point comprise. 6 Il y eut un homme, envoyé de Dieu : son nom était Jean. 7 Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui. 8 Il n’était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière. 9 Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. 10 Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu. 11 Il est venu dans son propre bien, et les siens ne l’ont pas accueilli. 12 Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. 13 Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. 14 Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père. 15 Jean lui rend témoignage et proclame : « Voici celui dont j’ai dit : après moi vient un homme qui m’a devancé, parce que, avant moi, il était. » 16 De sa plénitude en effet, tous, nous avons reçu, et grâce sur grâce. 17 Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. 18 Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé. – TOB

 

Prédication

Laetitia Gonzalez

 

Amis, frères et soeurs,

S’il est bien un mot qui parcourt notre texte biblique de long en large, c’est le mot “Parole”.

 La Parole de Dieu et son rôle dans la Création, la Parole de Dieu et son rôle dans la Révélation mais aussi toutes LES paroles qui sont prononcées aussi bien dans le Premier Testament que dans le Second et qui nous permettent de cheminer dans notre compréhension de la volonté divine pour nos vies.

Ce mot a donc une importance capitale pour nous, lecteurs de la Bible et pourtant, il est parfois mal compris, souvent mal traduit, ce qui est quand-même un gros problème pour nous qui essayons justement de la vivre, cette Parole… Alors, comme souvent, c’est l’étymologie du mot qui va nous sortir de ce mauvais pas et nous permettre d’interpréter le message des deux textes que nous venons de lire.

En Hébreu, il existe ainsi plusieurs mots pour traduire la parole.

● Il y a tout d’abord le mot Amar qui signifie “ce qui est dit”. C’est le mot qui est utilisé lorsque Moïse dit à l’Éternel (Vayomer Moshe el Yahve) ou bien lorsque l’Eternel s’adresse à Moïse.

● Mais il y a également un autre mot, le mot Dabar qui signifie “être derrière et pousser en avant” . C’est ce que j’aime beaucoup avec l’Hébreu, c’est que la signification des mots n’est pas abstraite mais toujours concrète, pratique, elle s’inscrit dans le réel. La parole, ici, ce sont donc des mots qui sont poussés au dehors, par ce qui est derrière, c’est à dire notre pensée. Ainsi, en s’exprimant, l’homme sort de lui-même en direction des objets. En parlant, il “prend place dans le monde extérieur […], et il s’insère dans la réalité. Il s’y affirme même et va y jouer un rôle 1 ”. La parole prend donc le caractère d’un acte: quand l’homme parle, il agit. La parole est un événement. C’est là d’ailleurs la grande différence avec la notion grecque de la parole. Le mot Logos, lui, qui est utilisé dans le texte de Jean mais aussi dans les traductions grecques du Premier Testament, à chaque fois que quelqu’un parle, signifie “rassembler, analyser, penser”.  La parole, pour les Grecs, c’est le bruit que font nos pensées, le son des connaissances immuables inscrites de toute éternité dans notre Raison.

Ainsi, selon la vision hébraïque, l’homme qui parle agit tandis que selon la vision grecque, l’homme qui parle pense… D’un côté, l’homme effectue un mouvement qui va venir modifier son environnement, de l’autre, l’homme contemple les principes d’un monde immobile. Cette distinction entre la signification hébraïque et la signification grecque de la Parole est fondamentale car elle induit des théologies complètement différentes…

Mais revenons à nos textes.

Dans le texte de l’Exode, nous retrouvons Moïse sur le mont Horeb, là où le troupeau de son beau-père Jethro l’a mené. Dans une flamme qui jaillit du milieu d’un buisson, il aperçoit l’ange du Seigneur et entend un appel. Dieu lui-même, lui demande alors de partir, comme il  l’avait déjà demandé à Noé: “Va!” lui dit-il, “mets-toi en mouvement”, “pars” “afin de faire sortir mon peuple du pays d’Egypte” (Ex, 3, 10). Moïse hésite, il demande des garanties, il veut savoir de la part de qui il va devoir parler aux Israélites. “Je suis qui je serai” lui répond leSeigneur. Le présent utilisé ici, “Je suis” , ne dit pas que l’action est achevée et doive maintenant se contempler, non, elle dit un devenir qui va vers son accomplissement, elle dit un mouvement, une histoire. Dieu est. Non pas comme un Logos éternel, principe d’un monde immobile. En disant, ou plutôt en parlant son être, Dieu sous-entend une réalité qui doit être comprise sous l’angle d’une vocation, d’un élan qui déplace, qui transforme. Il est et en étant, il sera. Dieu est l’histoire en marche, la Parole en action. Ainsi en est-il de ma parole, qui sort de ma bouche dit Dieu en Esaïe 55, 11: Elle ne retourne point à moi sans effet, Sans avoir exécuté ma volonté Et accompli mes desseins. On le voit, la Parole de Dieu n’est pas un simple discours, elle appelle une réponse et s’inscrit donc dans un dialogue.

Pourtant, Moïse doute encore. Il dit à Dieu, et là, c’est le mot AMAR qui est utilisé… Il amar à Dieu, il dit à Dieu : “Ah Seigneur, je ne suis pas un homme qui ait le dabar facile, et ce n’est ni d’hier, ni d’avant-hier, ni même depuis que tu dabar à ton serviteur, car j’ai la bouche et la langue lourdes”. Ici, les deux sens hébraïques du mot parole sont utilisés: Amar et Dabar et l’on se doit donc d’en tirer une conclusion. Le dabar dont parle Moïse, ce ne sont pas de simples mots, c’est cette parole qui doit mettre en mouvement. Et Moïse s’en sent dépourvu. Sa bouche et sa langue peuvent dire les mots (le dialogue avec Dieu prouve qu’il en est capable) mais ces mots-là qu’il dit, ce ne sont pas de ceux qui relèvent du dabar et qui pourront mettre le peuple en marche.

Finalement, c’est comme si Moïse était resté ce petit garçon errant sur le Nil, entre le monde des Hébreux et celui des Egyptiens. Protégé dans le petit panier d’osier que sa mère avait fabriqué pour lui, Dieu lui assurait alors une vie alors même que les autres petits hébreux de son âge n’eurent pas cette chance. Ce petit panier, c’est d’ailleurs plutôt un coffre, une tévah nous dit le texte. Ce terme n’est utilisé que deux fois dans la Bible: c’est tout d’abord l’arche de Noé qui permet de sauvegarder la vie après le Déluge et puis c’est aussi, donc, ce panier qui offre un secours à Moïse. Mais savez-vous ce que signifie aussi tévah en Hébreu? Je vous le donne en mille: Cela signifie “mot”.

“Construis-toi une arche” dit Dieu à Noé au chapitre 6 de la Genèse, ou plutôt “Construis-toi un mot” , c’est -à -dire redonne aux mots la dimension de la Parole qui agit. Moïse, lui, n’est pas encore sorti de sa tévah, il est encore, à ce moment là, coincé dans les mots statiques, ceux qui se contentent de dire. C’est pourquoi la colère de Dieu finit par s’enflammer au verset 14: “N’y a-t-il pas ton frère Aaron le lévite? Je sais que lui, il dabar facilement” . Et c’est bien lui, Aaron qui parlera au peuple après que Dieu ait mis sa Parole qui agit dans leurs bouches: “Aaron parlera pour toi au peuple. Il te servira de bouche, et tu seras son dieu…”

“Et toi, tu seras pour lui, Elohim” , nous dit exactement le texte. Elohim, c’est le mot “dieu” au pluriel mais il est toujours suivi d’un verbe au singulier dans la Bible. Ainsi donc, Moïse incarne désormais Dieu et sa Parole, un Dieu à la fois unique et pluriel et Aaron devient son prophète 2. Cette idée d’une Parole incarnée, nous la retrouvons dans le texte magnifique de Jean. Un texte d’ailleurs qui est un des passages  bibliques les plus commentés au monde: “Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu”.

Le texte grec nous parle ici du Logos de Dieu. C’est le problème avec les traductions peuvent parfois être des trahisons. Tout le texte de Jean prône une Parole agissante dans le monde, incarnée par un Jésus qui se déplace, qui soigne, qui réconforte, qui multiplie les pains et qui raconte des histoires, des paraboles, qui, à l’instar du dabar de Dieu, doivent à leur tour être reçues, interprétées et jetées dans le monde. Il n’est donc point question ici d’une vision grecque, statique, intellectuelle de la Parole mais bien plutôt d’une vision hébraïque.

D’ailleurs, avez-vous remarqué que la Bible ne dit jamais que Jésus parlait avec compétence, comme les scribes de son temps ou les sophistes grecs. Non, il est toujours dit qu’il parlait avec autorité, comme quelqu’un qui a conscience que sa Parole agit et transforme le monde. Jésus ne propose pas une connaissance de Dieu et n’a donc rien écrit. C’est que son message s’inscrit tout entier dans son histoire et dans la manière dont il a incarné ce dabar, cette Parole agissante. Dès lors, lui aussi, sera notre dieu, comme nous avons vu que Moïse était celui d’Aaron.

Il en va de même avec l’histoire de cet homme par exemple, qui vient demander à Jésus ce qu’il devait faire pour hériter de la vie éternelle. Jésus commence par lui demander s’il respecte les 10 paroles, que nous appelons, nous les 10 commandements, avant d’ajouter: “il te manque quand-même une chose: va vendre tout ce que tu as, donne-le puis viens et suis-moi”. Ici, on le voit bien, les paroles ne mènent à la vie éternelle que si elles s’inscrivent dans le dabar qui transforme le monde. C’est l’élan vital de Bergson, celui qui va chercher derrière quelque chose qui nous pousse à vivre notre pleine existence.

Mais ce n’est pas tout. Jean, au verset 18, nous lance cet incroyable: “Personne n’a jamais vu Dieu”. Ni vous a priori, ni moi, ni même Moïse, personne n’a jamais vu Dieu. Et heureusement j’ai envie de vous dire!!! Car si Dieu était visible, il ne resterait que bien peu de place pour le dialogue. Il suffirait alors d’aller Le voir chaque fois qu’une question nous taraude et ce serait alors davantage un monologue qu’un échange. C’est tout le contraire de ce que la Bible nous montre. Dieu nous laisse toujours le choix, Moïse et son peuple, qui n’écoutent pas toujours, le constateront à de multiples reprises dans le désert…

Or, la Parole, nous l’avons vu, c’est l’emprise de l’homme sur le monde, ce n’est pas le monde qui vient à l’homme et qui s’impose à lui. C’est au contraire, l’homme qui va au monde pour le “dominer” c’est-à-dire pour en être responsable. La discussion est donc constitutive de cette Parole, elle en est même la définition. Et, quand Jean indique que la loi a été donnée par Moïse, au verset 17, il ne dit pas que c’est Dieu ou un ange qui lui aurait transmise. Il dit que la Torah est le témoignage personnel de Moïse sur Dieu. L’apôtre Jean aussi d’ailleurs, n’a jamais vu Dieu. Ce qu’il a vu, nous dit-il, c’est Jésus de Nazareth et que c’est Jésus qui nous a fait connaître Dieu: “Les paroles, les gestes, la façon d’être de Jésus font connaître Dieu, donc dans un sens, Jésus le donne à voir, mais pas au sens objectif du terme. Jésus, sa façon d’être, ses paroles et ses actes sont en eux-mêmes une interprétation de Dieu. Et quand Jean nous dit qu’il témoigne de ce Jésus, il s’agit donc de son interprétation personnelle sur l’interprétation que Jésus apporte de Dieu 3” . Lui-même d’ailleurs, nous dit Jean est encore “dans le sein de son Père” , comme en genèse, tendu vers son accomplissement.

Ainsi, la Parole agissante de Dieu doit-elle toujours être interprétée, discutée, toujours en mouvement. Elle appelle une réponse de notre part à tous car la Parole a habité parmi nous tous. Jean, dans ce texte, nous offre SON interprétation de Jésus, une interprétation orientée puisqu’il a écrit toutes ces choses “afin que nous croyions que Jésus est le Christ.4” Mais il existe aussi une interprétation de Matthieu, de Marc, de Luc, d’Augustin, de Thomas d’Aquin, de Luther ou de Calvin. Ici même, à l’église, nous tâchons de ne pas proclamer une Parole qui serait LA vérité mais de laisser la porte ouverte, humblement, à autre chose qu’à notre propre interprétation, à celle que chacun d’entre vous pourrait proposer.C’est très protestant finalement! Il me semble que c’est bien là ce qu’entendait Esaïe! La Parole de Dieu accomplit son dessein lorsqu’elle nous met en mouvement, intérieurement et extérieurement, lorsqu’elle nous questionne et nous met en marche les uns avec les autres.

Nous l’avons vu, la Parole de Dieu, est «douce, plus que le miel, que le suc des rayons» (Ps 19, 11), elle est «une lampe sur mes pas, une lumière sur ma route». Elle est comme la pluie qui irrigue la terre, la rend féconde et la fait germer, faisant ainsi fleurir l’aridité de nos déserts spirituels (Es 55, 10-11). Mais “la Parole de Dieu, est aussi efficace et plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur» (He 4, 12).  A nous de nous mettre à l’écoute, non pas seulement pour nous remplir de science mais pour nous mettre en chemin afin qu’elle reste vivante et porteuse d’espérance pour le monde.

Amen.

1 Leenhardt Franz Jehan, La signification de la notion de Parole dans la pensée chrétienne, in Revue d’histoire et de philosophie religieuses, 35ème année n°3, 1955, p. 264.

2 Voir Exode, 7, 1.

3 Marc Pernot, Ce qui a le plus frappé Jean, c’est la capacité qu’avait Jésus de devenir meilleur, Culte du 31 août 2014.

4 Jean, 20, 31.

 

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