Culte du dimanche 6 septembre 2026
Textes
Ézékiel 33.7-9
Romains 13.8-10
Matthieu 18.15-20
Ezéchiel 33. 1-11
Prédication
Denis Turpin
Ézéchiel 33, 2-11 (corps central 7-9)
Ce matin deux textes sur l’Amour avec un A ! L’Amour mutuel qu’il nous faut absolument mettre en application, qui nous pousse à pardonner et nous délivrera de toute dette à porter lourdement. Et puis un texte beaucoup plus rugueux, très Premier Testament. Un texte comme un appel d’urgence !
En lisant ce texte, j’ai eu tout de suite une image : celle de nos héros de l’été, les pompiers, les centaines de pompiers déployés partout en France, en Gironde, dans le Var, la Drôme ou à Fontainebleau et ailleurs, qui guettaient (et guettent encore) les départs d’incendies, puis combattent, se battent (et parfois sont malheureusement battus) contre le feu, des heures durant, au risque de l’épuisement, pour sauver nos vies et nos biens mais aussi notre environnement tellement menacé. Nous ? Nos vies ?
Oui, « A dam bin » … « Toi, humain », et plus certainement « Toi, fils d’homme ». Au commencement du septième verset, il y avait une apostrophe… …Que l’on peut mettre en parallèle avec le début de ce chapitre 33ème « La parole du Seigneur me parvint : Humain, parle aux gens de ton peuple ! »
Il y a dans ces deux versets, comme une urgence qui nous met en tension. Pourquoi une telle tension ?
Cela m’amène à évoquer le contexte – essentiel pour comprendre la dureté des propos – dans lequel ce (très long) livre du prophète Ézéchiel a été écrit. C’est un contexte très difficile pour le peuple hébreu. Nous sommes au VI°s. av. J.C., Ézéchiel, qui se présente comme fils d’un prêtre et lui-même prêtre du temple de Jérusalem, a été déporté à Babylone avec une grande partie de son peuple, à la suite des destructions répétées de sa ville par les Babyloniens en 597 puis 587 av. JC, la plus grande partie des déportés devenant esclaves des Babyloniens. Il a fait partie de la première vague des déportations, celle qui concernait les catégories sociales les plus élevées de la ville.
Donc, Ézéchiel, qui fait lui-même l’expérience de la déportation (le livre est écrit à la première personne) n’a pas de mots assez durs envers son peuple, dont il met en valeur les faiblesses et les compromissions y compris avec les nouveaux maîtres : Au chapitre 8, v. 6 « Humain, vois-tu ce qu’ils font, les grandes abominations que commet ici la maison d’Israël ? » …puis au v. 10 « il y avait là toutes sortes d’images de bestioles et de bêtes (…) et toutes les idoles (…) » … « 70 des anciens de la maison d’Israël (…) se tenaient debout devant elles, chacun l’encensoir à la main » C’est donc une période catastrophique marquée par les batailles, les destructions, les déportations, les massacres et aussi les compromissions.
Néanmoins, Ézéchiel nous montre aussi que tout n’est pas perdu au milieu de ce malheur. Qu’en changeant d’attitude, qu’en revenant à la simplicité et à la droiture, lasituation peut évoluer et s’améliorer car Dieu est partout avec nous et qu’en Lui faisant confiance, l’espérance est possible, ce que l’on retrouve dans les paroles consolatrices à la fin du livre…qui se termine au chapitre 48 par « Et dès ce jour, le nom de la ville sera Adonaï – Shamma / « Le Seigneur est là ».
Revenons à la suite de l’apostrophe de notre passage : « Toi humain (…). Tu écouteras la parole de ma bouche et tu les avertiras de ma part ! »
C’est donc une parole pour transmettre, Ézéchiel va jouer là son rôle de prophète (de « pro » = avant/devant et « phêmê » = la parole, celui qui parle à la place d’un autre, le porte-parole) et la tâche ne sera pas facile, d’ailleurs son nom (« Yirez Kal ») ne signifie-t- il pas « le Seigneur le fortifie » ? Tu dois donc les avertir, il y a urgence, les temps sont difficiles. Mais pour quoi dire ?
Déjà, tu leur diras « Méchant » …bon, apostropher quelqu’un en le traitant de « méchant », c’est déjà une chose, mais en lui disant « Méchant, tu mourras ! » et le texte hébraïque insiste « Ta mut mot » = « de mort, tu mourras », comment dire…pas évident ! Mais non, on ne dit pas des choses comme cela ! Au mieux, tu auras un silence gêné, au pire…je n’ose pas imaginer.
Dans notre société, hyper individualiste, la retenue est de rigueur, la nuance est reine, et celui ou celle qui a des paroles trop tranchées comme celle-là, des opinions jugées trop fortes, se fait vite traiter d’intolérant ou de perturbateur. Il est même difficile pour un prédicateur de choisir un tel passage de la Bible, parce que nous préférons entendre « Aimez-vous les uns les autres » ; « Dieu nous a aimé en premier »
Mais c’est aussi une parole pour avertir : une parole pour l’autre, pour qu’il revienne de sa mauvaise voie et qu’il vive. Au verset 11 « Dis-leur : Par ma vie (…) ce que je désire, ce n’est pas que le méchant meure, c’est qu’il revienne de voie méchante et qu’il vive ! Revenez, revenez de vos voies mauvaises ! Pourquoi devriez-vous mourir, maison d’Israël ? »
Les paroles pour la vie, les paroles qui font vivre ne sont pas forcément agréables à entendre. Loin de là. Aussi, de tout temps, on fait taire les prophètes, car ils dérangent, leurs propos nécessiteraient trop de remise en question. Et Ézéchiel (« le Seigneur le fortifie ») est prévenu : il va s’adresser à la maison d’Israël, pour l’instant incapable d’écouter (Ézéchiel 3, 7 : « Mais la maison d’Israël ne voudra pas t’écouter, parce qu’elle ne veut pas m’écouter »).
Or dans ce texte, la vie du prophète est intimement liée à celle de son peuple : s’il ne l’avertit pas, d’abord le méchant mourra dans la voie qu’il aura choisie mais le prophète devra aussi rendre compte de son silence. Solidaire de la situation de son peuple, il est et sera responsable du sort de celui-ci.
Et c’est peut-être là le mot pivot de ce commentaire, celui qui fait aussi défaut dans nos vies : être responsable. Pas uniquement de soi-même (ce qui serait déjà pas mal) mais responsable aussi des autres, une responsabilité que l’on retrouve aussi dans le texte de Matthieu. Celui qui est responsable répond de ses actes (Si le méchant reste méchant, c’est à toi que je demanderai des comptes). Il faut donc avertir tes contemporains. Pourquoi ? Pour qu’ils vivent !Alors « je te nomme guetteur pour la maison d’Israël »(v.7), c’est-à-dire celui qui écoute la parole de Yahweh et qui avertit, fonction que l’on retrouve dans un contexte plus guerrier aux versets 2 à 4, lorsqu’il donne l’alerte pour ne pas être surpris, un peu comme au Moyen-Age, le guetteur du haut du donjon, prévenait les populations de l’imminence d’un danger. Je le répète, l’avenir du guetteur est étroitement lié à celui de son peuple : il mourra s’il n’avertit pas, il doit alors sonner du cor (le shofar) qui signale l’arrivée de l’ennemi. Le cor qui est d’ailleurs aussi synonyme de moments plus joyeux, plus libérateurs d’ailleurs (<Shavouot). Ces avertissements du guetteur sont là pour nous montrer ce qui est porteur de vie et ce qui est porteur de mort.
Ainsi nos choix de vie peuvent porter l’une comme l’autre. Oui, nos choix peuvent être porteurs de mort, sans même parfois qu’on n’en soit conscients. Je pense par exemple – mais les exemples sont multiples – au documentaire de Jean-Gabriel Leynaud intitulé « le sang et la boue », lequel pendant 1h30, on suit le quotidien de « creuseurs » congolais (en RDC) qui travaillent dans des conditions épouvantables pour extraire de précieux métaux rares – ici le cobalt et le titane – nécessaires à la fabrication de nos téléphones portables. Or dans ce pays au sous-sol très riche, mais où la population est l’une des plus pauvres du monde, les conflits générés par les multiples extractions (qui ne profitent nullement aux populations locales, vous l’aurez compris) ont causé la mort de plus de 6 millions de personnes depuis 30 ans. Ici, notre choix d’une société numérisée, propre soi-disant, est porteur de la mort et nous en sommes bien informés…sans que cela nous fasse réagir…Il y a bien eu l’an passé, une tribune signée par 75 prix Nobel appelant la « communauté internationale à mettre fin aux souffrances du peuple congolais » …mais qui a été noyée sous le flot continu des informations générées par cette même société numérique.
Un autre exemple – mais ils sont tellement nombreux – pourrait être celui de la retenue (il faut être consensuel !) de nos dirigeants, vis-à-vis de la Chine et d’autres dictatures considérées comme économiquement intéressantes. L’Élysée – quel que soit son occupant – a souvent appelé les dirigeants chinois à « faire preuve de retenue » au Tibet, à Hong-Kong ou vis-à-vis de ses dissidents mais sans trop insister car attention, un retour de flamme pourrait être si préjudiciables aux nombreux et juteux contrats commerciaux.
La retenue, le mal que l’on ne veut pas voir ou dénoncer (Devoir de silence plutôt que d’ingérence), la mauvaise voie que l’on peut prendre, sont partout, au quotidien: ce sportif international qui ne veut pas s’exprimer sur sa société de peur de perdre des sponsors, ce Nième incident raciste dont je suis informé voire témoin sans que cela ne me fasse plus hurler, ce couple à l’aise qui pose devant sa piscine après avoir arrosé sa pelouse alors qu’il n’y a plus d’eau dans le ruisseau voisin et que nos forêts brûlent, ces jeunes qui prennent l’avion pour aller faire un stage à l’autre bout du monde « parce qu’il faut bien que je pratique l’anglais », cette lettre de motivation qui sera mise directement à la poubelle parce que le prénom du demandeur n’inspire pas confiance, etc…etc…
Sœurs et frères, trop souvent nous ne voulons pas voir nos responsabilités et préférons être à l’écoute de paroles douces, mielleuses qui sonnent bien à nos oreilles, qui ne nous dérangent pas, paroles du serpent qui flatte alors que nous récriminons les prophètes (l’expression « prophète de malheur » s’est popularisée dans notre langue depuis un siècle) qui osent dire des paroles fortes !
Mais Dieu aime l’homme, c’est pourquoi il lui impose des limites, lui envoie des porteurs de paroles comme Ezéchiel, parce qu’il sait qu’il est trop souvent à l’écoute du serpent !
Mais alors, est-ce qu’il n’est pas trop tard pour que nous puissions massivement entendre les avertissements des guetteurs, porteurs de paroles de vie ?
Non mes amis ! Il n’est jamais trop tard ! Parce que l’on peut aussi se demander ce que vaudra notre vie sur cette terre si nous avons refusé d’être guetteurs, veilleurs. « Mais si toi, tu avertis le méchant », si mon frère est en danger, s’il est comme la citadelle assiégée qu’évoque Ezéchiel, est-ce que je fuirai pour ne rien voir ? Est-ce que je ferai semblant de n’avoir rien vu ou est-ce qu’au contraire, j’irai tout de suite sonner du cor et j’entrerai en action pour dénoncer toutes les formes de violence et d’injustice, toutes les formes d’idolâtrie comme aussi le manque de cohésion sociale, l’arrogance des puissants et des puissances, d’iniquité du commerce international, ou les accidents climatiques, tous ces maux combattus par le livre d’Ézéchiel et qui n’ont, hélas, rien perdu de leur actualité ?
De ce fait, je serai alors simplement et tout d’abord, un humain, un « fils d’homme », un homme devant Dieu et non pas un héros…ce que disent souvent nos pompiers lorsqu’ils sauvent des vies.
En appelant Ézéchiel « fils d’homme », Dieu ouvre devant lui une existence d’homme telle qu’il la conçoit. Dieu interpelle un simple humain, comme toi, comme moi, pour participer à ce qu’il veut accomplir au milieu et en faveur de ses créatures révoltées. Cet humain est un guetteur qui annonce les périls à venir mais aussi signale les points faibles qui pourraient entraîner l’effondrement des consciences. Il scrute l’obscurité afin d’entrevoir aussi les rayons furtifs de l’aube naissante, du jour qui se lève.
Mes amis, frères et sœurs, comme Ézéchiel mais aussi comme l’écrit Matthieu, osons la « correction fraternelle », osons être des guetteurs, des veilleurs et plus prosaïquement, profitons de cette nouvelle rentrée pour peut-être, enclencher le début d’un engagement (c’est la période des forums des associations !!!) dans ce monde qui manque tellement de liens sociaux et qui s’enferme dans un individualisme radical préfigurant une explosion des haines, des frustrations, des incompréhensions, des mépris ou au mieux de l’ignorance, qui va probablement marquer ces prochains mois, lourdement électoraux.
« Toi, fils d’homme, je te nomme guetteur (…). Tu écouteras la parole de ma bouche et tu les avertiras de ma part ».
Toi, guetteur de Dieu, veille et prie, pardonne et encourage, ne te cache pas et agis, sois lumière du monde, et rayonne comme un phare !
Amen
Prochain culte
10h30 dimanche 13 septembre 2026
animé par la Mission JEEP
