Culte du dimanche 30 août 2026
Textes
Jr 20, 7-9
Rm 12, 1-2
Mt 16, 21-27
Matthieu 11, 25-30
Prédication
Alain Quillet
Au premier contact, le texte de ce matin laisse perplexe car il semble nous poser des interrogations les plus diverses mais qui, heureusement, peuvent se résumer dans la dernière « Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger ».
Mais qui sait encore, de nos jours, ce qu’est un joug ? Quelqu’un ici ce matin a-t-il vu, ne serait-ce qu’une fois, un attelage de bœufs avec un joug ? Pour ma part j’en ai vu un seul en 1968, avec deux bœufs blancs, dans l’Aveyron. Depuis, l’objet a disparu de tous les paysages ruraux mais pas tout à fait des mémoires, sous une forme désormais symbolique. (comme le joug en usage dans l’armée romaine)
L’être humain s’impose toutes espèce de jougs parfaitement symboliques. Se croyant affranchi du joug des commandements de Dieu, il se retrouve sous d’autres jougs plus pesants encore que les anciens modèles en bois. Car un joug, même symbolique,est vraiment un poids .
On pourrait mentionner le joug de la performance, de la compétence, imposé par la société capitaliste. Observant ce phénomène, le Dalaï Lama s’étonne :
« les hommes perdent le repos, parce qu’il faut gagner beaucoup d’argent, et lorsqu’on leur demande ce qu’ils vont en faire de cet argent, quand ils en auront beaucoup, ils répondent : – me reposer ! ».
Bien des gens sont inutilement fatigués et chargés par le joug de la performance, de la rentabilité, de l’enrichissement à tout prix.
On pourrait mentionner le joug de la beauté féminine : certaines femmes sont elles aussi fatiguées et chargées par ce joug : ressembler le plus longtemps possible à un top modèle, et du coup, elles ne se réalisent pas vraiment.
Encore un exemple : le joug du conformisme social, sur un fonds de compétition : mon voisin a une belle voiture, je veux au moins la même ; et une plus belle maison, un plus beau jardin etc.
Mais le joug dont parle Jésus ici, c’est le joug de la loi de Moïse, le joug de la Torah bien connu de ses contemporains. Les théologiens juifs ont compté 613 commandements dans la loi de Moïse ; certains chercheurs en ont trouvé jusqu’à 750. C’est très lourd, au quotidien de devoir respecter des centaines d’obligations ou d’interdictions. Les théologiens chrétiens n’ont pas manqué de se moquer du légalisme extrême de ces théologiens juifs, oubliant deux choses :
1°) la Thorah elle-même parle de la liberté que Dieu donne à son peuple en Exode 20 v. 3 à 17. Le premier des 10 commandements ne parle que de cela : tu n’auras qu’un seul Dieu. Les commandements ont une vertu libératrice par la première Alliance.
2°) bien des Juifs peuvent témoigner de la joie qu’ils ont trouvée en prenant sur eux le joug de la Torah. Il y a par exemple parmi les livres deutérocanoniques, que Luther et Calvin lisaient ), par exemple un livre qui s’appelle le Siracide, écrit par un Juif qui s’appelait lui aussi Jésus. Il témoigne de la joie qu’il a trouvée en prenant sur lui, depuis sa jeunesse, le joug de la Thorah, je cite : « soumettez votre nuque à son joug…voyez de vos yeux combien peu j’ai peiné, avant de trouver un profond repos…à la fin, tu trouveras dans la pratique de la Thorah le repos, elle se changera pour toi en joie. Alors ses entraves seront pour toi une protection puissante, et son carcan un vêtement glorieux. Son joug est une parure d’or. » (Siracide 51/26, 27 ; 6/28, 29, 30).
Ce qui paraît nous entraver, peut se révéler source de grande liberté, de joie profonde : alors pourquoi Jésus parle-t-il ici aux gens fatigués et chargés par les commandements de Dieu ?
Jésus parle à ceux qui voudraient bien suivre les commandements de Dieu, mais n’y arrivent pas. En fait, personne n’y arrive. Il y a ceux qui ont l’illusion d’y arriver et ceux qui se rendent compte qu’ils n’y arrivent pas. Ceux-là sont fatigués et chargés. Le même phénomène se retrouve dans le christianisme : Jésus a laissé des commandements, encore plus radicaux que ceux de Moïse, et beaucoup de chrétiens vivent dans la culpabilité, tout en disant croire au pardon de Dieu, parce qu’au fond d’eux-mêmes ils se rendent compte qu’ils n’arrivent pas à faire ce que Jésus a dit.
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai du repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger ».
Nous le retrouverons dans le psaume 81
Jésus porte le joug avec nous. Ce qu’il dit, Il le fait.
Dans un attelage de bœufs, il se peut que l’un des deux ait plus de force que l’autre. Tous les deux portent le joug, mais le travail est surtout fait par un des bœufs. L’autre, plus faible, ne fait que suivre, parce qu’il est sous le même joug. (illustrations de la fraternité sous le joug)
Suivre Jésus, c’est se laisser guider par une force plus grande que la nôtre. « Ceux-là sont fils de Dieu qui sont conduits par l’Esprit de Dieu » dit l’apôtre Paul dans (Ro. 8/14 et il ajoute : « Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous » (Ro. 8/11).
Qui est notre propriétaire ? Si l’Esprit Saint habite en nous, c’est lui le propriétaire. Nous ne devrions jamais douter qu’il habite en nous, car l’apôtre Paul écrit : « si quelqu’un n’a pas l’Esprit du Christ, il ne lui appartient pas » (Ro.8/10). C’est là, la conséquence du fait que Jésus est mort pour nous, et aussi ressuscité pour nous : nous ne nous appartenons plus, nous avons changé de « propriétaire ».
Jésus humble et doux, a porté pour nous le joug de la loi, qui nous condamne pour nos péchés. Par sa résurrection, nous sommes attelés au même joug que Lui, son Esprit habite en nous.
Jésus seul peut parler à ceux qui veulent, mais ne peuvent pas suivre les commandements de Dieu.
Il nous révèle l’amour plein de tendresse de son Père. Nous imaginons trop souvent que Dieu s’intéresse à nous parce que nous avons quelque chose de bien en nous, quelque chose qui l’attire.
En Jésus, nous voyons un Dieu qui s’intéresse à nous précisément dans tout ce qui n’est pas aimable en nous, tout ce que nous nous cachons à nous-mêmes. Ce Dieu nous aime jusque dans les endroits les plus obscurs, les plus inavouables de notre être, de nos actes.
Dans le coin de jardin que j’entretiens, j’arrache régulièrement les mauvaises plantes. Et j’ai remarqué que parfois, il y en a une qui passe à travers les mailles du filet, parce qu’elle pousse tout près d’une autre plante que je veux cultiver. Et elle arrive à grandir ainsi en même temps que la plante noble. Et quand une mauvaise plante a grandi, il n’est pas facile de l’arracher: les risques de détruire ou du moins d’abîmer la bonne plante sont grands. Jésus a raconté une parabole de ce style : le royaume de Dieu est comme un champ de blé, où l’ivraie et le blé, la mauvaise et la bonne plante poussent ensemble, jusqu’à la moisson, où le tri se fera. Il faut tout l’amour de Jésus pour enlever les mauvaises plantes de nos vies.
Lui seul a suffisamment d’humilité et de douceur pour déraciner une mauvaise plante.
Nous, nous ne pouvons rien y faire, et si nous nous avisons de procéder nous-mêmes à l’éradication, cela fait des dégâts. Plus on avance avec le Seigneur sous le même joug, plus on se rend compte de notre propre faiblesse. Et pour les changements vraiment profonds dans notre vie, le plus souvent, il n’y a rien à faire par nous mêmes: c’est le Seigneur lui-même qui agit par son Esprit, plein de douceur.
Un tel amour est si étonnant, si inattendu que nous n’aurons pas trop de toutes les ressources de notre foi pour lui rendre grâces.
A Dieu seul soit la gloire Amen.
Merci au Pasteur Matthias Helmlinger jadis en charge de la paroisse de Chalons-sur-Saône, il m’a beaucoup aidé.
Prochain culte
10h30 dimanche 6 septembre 2026
