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Eglise Protestante Unie de Villefranche sur Saône

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Catégorie : ALO: PRÉSENTATION DES LIVRES

ALO: PRÉSENTATION DES LIVRES
10 juin 2026

Atelier de Lectures Oecuménique du 4 juin 2026

Ouvrage présenté par Christiane Desroches

Albert Schweitzer

Albert Schweitzer est né le 14 janvier 1875 à Kaysersberg (en Alsace allemande), fils de pasteur. Il est mort le 4 septembre 1965 à Lambaréné (Gabon) où il est enterré ainsi que sa femme Hélène décédée en1957 et sa fille Rhéna(1919-2009)

Il fut pasteur, théologien libéral, philosophe, musicien (spécialiste de Bach), médecin. Sa vie forme un ensemble cohérent : étudie la musique de J.S.Bach, mystique, et il donne des concerts pour financer sa mission à Lambaréné ;  ses études théologiques, son appel en mission qui l’entrainent dans des études de médecine. Le théologien est méconnu, dans l’ombre du docteur et de l’opposant à la bombe.

Il développa un hôpital dans la forêt tropicale, à Lambaréné, à partir de 1913. Au cœur de sa démarche se trouve le « respect de la vie » et une indignation devant la souffrance. Il est tourné vers l’action car « homme au service d’autres hommes ». Pour lui c’est dans l’action qu’il éprouve sa foi, contrairement à l’idée protestante que c’est la foi qui fait agir.

Il a une double nationalité, française et allemande. Il est né de parents français devenus allemands lors du rattachement de l’Alsace Moselle à l’empire allemand en 1871. Après la 1ère guerre mondiale il redevient Français en application du traité de Versailles en 1919. La plupart de ses ouvrages sont écrits en allemand, traduits tardivement pour quelques-uns. C’est au début de 1950 que la France découvre qu’il est citoyen français. Il se heurte à la critique virulente de Roland Barth. 

Après la 2ème guerre mondiale l’inquiétude augmente devant la montée du péril nucléaire. Schweitzer reçoit le prix Nobel de la paix en 1952 pour son œuvre humanitaire. Lors de son discours de réception, en 1954, il exprime son opposition au nucléaire.

Il partage son temps entre l’Europe (tournées pour financer son hôpital) et Lambaréné.

Il s’inscrit dans la lignée du protestantisme libéral, courant théologique qui critique les conceptions traditionnelles et qui s’efforce de repenser et de reformuler le message chrétien. 

Dès 1901 il publie « le secret historique de la vie de Jésus »

De 1901 à 1904 il écrit ses « Propos sur le N.T. »

En 1903-1904 il écrit « J.S.Bach, le musicien poète »en français, qu’il complète avec un 2ème volume en Allemand

En 1906 il publie une « histoire des recherches sur la vie de Jésus ». La parole de Jésus « Toi, suis-moi » détermine sa vie, son choix de l’Afrique.

En 1930 il publie « La mystique de l’apôtre Paul »

Pour Schweitzer le monde ne doit être ni méprisé ni idéalisé mais transformé par l’action de Dieu dans les hommes.

 

Présentation des Propos

Ce sont 33 chroniques publiées entre 1901 et 1904 dans un journal protestant diffusé à l’époque en Alsace Lorraine protestante. 

Schweitzer est la figure du protestantisme libéral strasbourgeois qui lutte contre « l’absence de réflexion et la prétention à composer une croyance pour la seule raison qu’elle appartient à une certaine tradition de l’Eglise. »

Il insiste sur la nécessité de la connaissance et de la liberté.

Ses Propos sur le NT forment une sorte de résumé de la pensée théologique et philosophique de Schweitzer. Les biographies de Schweitzer ne mentionnent pas cet ouvrage de jeunesse. Une nouvelle édition des Propos fut publiée au moment de la célébration du 150ème anniversaire d’Albert Schweitzer.

Dans ses Propos Schweitzer s’appuie essentiellement sur Marc, le plus ancien et le plus concis des évangiles, donc le plus crédible.

Les Propos suivent la vie de Jésus, en retrouvant une certaine chronologie, notant les trous, les questions que l’on peut se poser sur sa vie. Il tente de dégager la vérité historique et de montrer la part d’invention des évangélistes. Il note très souvent : «Les choses n’ont pas dû se passer ainsi » 

 

J’ai tenté une certaine composition dans les Propos

Ch1 à ch5  la nécessité de connaître les textes de la Bible

Ch6 à 8  la naissance et l’enfance de Jésus

Ch9 à 12  l’histoire d’Israël, les Pharisiens et les Saducéens, pour situer Jésus dans son époque

Ch13 à 33  vie publique de Jésus

 

  1. Ch1 à ch5  Connaître la Bible

Schweitzer utilise cette image : « La foi est comme ce champs qu’il faut de temps en temps labourer en profondeur afin d’en extirper la mauvaise herbe des superstitions, des préjugés et de l’indifférence. A cette condition seulement elle pourra croître, saine et juste ».

Pour cela Albert Schweitzer souligne l’importance du savoir, de la recherche, de la critique. « Nous autres protestants, nous tenons en haute estime le savoir appliqué aux choses de la foi ». Pourtant la foi ne dépend pas de l’intelligence. Le savoir est compatible avec la foi, il l’éclaire et l’anime.

La Bible a été écrite par des hommes qui ont interprété les intentions de Dieu et les ont mises en pratique.

Le christianisme repose sur l’union de l’humain et du divin. Dans le N.T., comme en Jésus, comme dans le royaume de Dieu, le divin et l’humain sont liés et vont de concert.

 La parole de Dieu n’est vivante pour nous que lorsqu’elle s’exprime du cœur des hommes. Chacun annonce l’Evangile à sa manière, d’où des contradictions. Chacun de nous a sa manière propre d’appréhender l’Evangile, sa manière originale de croire. 

Pourquoi l’écriture écrite par des hommes est-elle la parole de Dieu ? Parce que la raison humaine seule n’aurait jamais pu forger une vérité de cette nature ; elle vient de l’esprit de Dieu. Elle est humaine parce qu’en elle des cœurs humains s’expriment et disent l’Evangile de façon différente.

Les premiers chrétiens croyaient la fin du monde imminente. Les paroles de Jésus étaient transmises oralement. Puis la fin du monde n’arrivant pas, le besoin de fixer par écrit ce qui avait été dit s’est fait sentir. D’où les évangiles. Il y a un grand nombre d’évangiles même si le canon n’en a retenu que 4. Chaque communauté retenait l’évangile qui lui convenait le mieux. Luther, dans sa préface du NT, écrivait que nul ne fasse de son simple avis sur les écrits sous le nom de l’un ou l’autre apôtre, une loi en vue de l’imposer aux autres. Que chacun garde sa liberté.

Avant l’imprimerie il n’y avait pratiquement que les Eglises qui possédaient la Bible (chère car copie longue). Il reste environ 1500 de ces anciens documents, souvent détériorés. Ils se présentent sous forme d’une succession de lettres, sans intervalle entre les mots, sans ponctuation et sans répartition en chapitres et versets (répartition en chapitres au 13ème siècle).

Le NT fut d’abord écrit en grec puis il y eut des traductions, notamment latines. En 383 Jérôme écrit la Vulgate, imparfaite. En 1590 le pape Sixte v impose une nouvelle Vulgate. La traduction de Luther en allemand, en 1522, ne cherche pas à traduire le mot à mot mais veut rendre vivant l’esprit des Ecritures. C’est la meilleure traduction pour Schweitzer.

 

  1. Ch6 à ch8  Naissance et enfance de Jésus

Les disciples savaient peu de choses sur Jésus :

– que sa famille de charpentiers était établie à Nazareth

– qu’il avait plusieurs frères et sœurs

Durant sa vie on s’est peu préoccupé de lui, de ses origines. Il ne parle pas de lui. Mais s’il était le Messie, il devait être de la descendance de David et être né à Bethléem d’après l’AT. Ce n’est qu’après sa mort que les disciples le pensent Messie.

Les premiers chrétiens ont repris ces idées pour prouver que ce qui était écrit sur le Messie s’était accompli en Jésus.

Marc et Jean ne commencent leur récit qu’avec les débuts de la prédication de Jésus en Galilée.

Matthieu et Luc ont voulu porter un témoignage sur sa naissance mais on a des différences dans le récit et la généalogie. 

La foi des disciples était fondée uniquement sur ses paroles et sur ses œuvres.

 

La naissance

Jésus est-il né de manière surnaturelle ou engendré de façon naturelle ?

Les disciples ont eu besoin de surnaturel car la nature de Jésus diffère tellement de la nature humaine ordinaire. Il est tout autre que nous. Difficile de penser qu’il est venu au monde de la même manière que nous. D’où l’idée que c’est l’esprit de Dieu qui l’a appelé à la vie. Mais une naissance naturelle n’enlève rien à sa grandeur et à sa sainteté.

Cette question était peu importante pour les 1erchrétiens mais le fut plus tard. Eux, ils s’attachaient à la croix et à sa résurrection.

Pour Paul, J.C. est fils de Dieu par sa nature, par son esprit, non par sa naissance. Le texte d’Esaïe en hébreux évoquait une « femme » accouchant ce qui a été traduit en grec par « jeune fille » d’où l’idée d’une vierge.

La foi en Marie a pris de plus en plus d’importance (culte marial). Elle-même serait née de façon surnaturelle, puisque mère du Messie. Elle est même placée à côté de Dieu et de Jésus 

Albert Schweitzer nie l’aspect merveilleux de la naissance de Jésus, mais il écrit « que dans chaque être né sur terre il y ait une étincelle de l’Esprit divin, c’est le vrai miracle ».

Les évangiles de l’enfance non-retenus dans le NT sont des récits merveilleux (ex : l’évangile du pseudo-Thomas). Les habitants de Nazareth n’ont rien remarqué d’extraordinaire chez le jeune Jésus. C’est Jean Baptiste qui fut un signe pour lui. Il laisse ses outils de charpentier et s’en va vers le Jourdain.

 

  1. Ch9 à ch12  Israël de l’exil au temps de Jésus pour situer Jésus dans son époque

Après l’insurrection des Macchabée, Simon Macchabée réunit les 2 pouvoirs, temporel et spirituel. Pompée profite des dissensions dans la famille régnante pour s’emparer de Jérusalem en -63. La Judée devient une province romaine. Les soulèvements sont réprimés. Hérode régna de -4 à +38ap.J.C.

           C’est la diaspora qui constitua une avant-garde du christianisme. 

Les Saducéens forment la caste sacerdotale de Jérusalem, ils élisent le grand prêtre, occupent les postes élevés dans le temple. Ils se prétendent  descendants de Sadoc, grand purificateur de David et de Salomon.

Les Pharisiens sont des laïcs, particulièrement pieux. Après la révolte des Macchabée, ils connaissent une influence grandissante.

Après l’occupation syrienne la classe sacerdotale est occupée par les affaires du monde, les guerres, et il s’installe des mœurs païennes gréco-romaines. Des hommes dévoués à la loi se séparent des prêtres pour former le groupe des Pharisiens, les « séparés ». Leur but est d’élever le peuple d’Israël au rang de peuple de Dieu. Pour eux la volonté de Dieu est bonne, quels que soient ses effets. La domination par une puissance étrangère se veut être une purification (cf. psaumes).

Avec l’influence grandissante des Pharisiens la construction de synagogues pour éduquer le peuple et entendre la loi, se développe. 

2 tendances se dessinent :

 – les rigoristes, comme Shammaï, pour qui être pieux c’était observer une série de règles, sans plus (613 règles quand même !).

 – les libéraux, comme Hillel, pour qui devait exister une loi suprême intégrant et résumant toutes les autres (cf. question de Jésus : « quel est le 1er de tous les commandements ? » (Marc12, 28-34).

Le mouvement religieux des pharisiens a relevé le niveau de spiritualité du peuple juif. 

L’espérance messianique commence avec le déclin de la royauté. Le peuple est nostalgique de David. Esaïe exhorte à l’espoir. Le retour de Babylone devait ouvrir pour Jérusalem une nouvelle souveraineté, ce qui ne se produit pas. Désillusion. Avec la conquête de Pompée, l’espérance messianique renait à Jérusalem. Les Saducéens n’adhèrent pas à cette espérance qui peut produire des agitations dans le peuple. Les Pharisiens partagent cette espérance.

On attendait le retour d’Elie pour que celui-ci indique l’heure du jugement. La venue du Messie serait alors imminente. D’abord avec une vie terrestre, enseignant et agissant, endurant des souffrances puis se révèlera comme le Messie dans toute sa magnificence. Dans ce contexte apparait Jean Baptiste, sous le régime romain de l’empereur Tibère (14-37ap.J.C.). La Galilée est gouvernée par Hérode Antipas (-4av.J.C. à 39ap.J.C.). A Jérusalem règne Ponce Pilate.

Jean Baptiste remplace les ablutions de pureté par un baptême unique. Qui annonce-t-il après lui ? Elie ? Le Messie ? Le peuple comme les disciples ne voient en lui qu’un vrai prophète.

Quels liens demeurent entre Jésus et Jean après le baptême de Jésus?    Luc relate les conditions merveilleuses de la naissance de Jean, du choix du nom. Il établit un lien entre Elisabeth et Marie. Pour Jean, Jésus et Jean Baptiste ont exercé leur ministère l’un à côté de l’autre. Les partisans du Baptiste deviennent ceux de Jésus, et ils conservent le rite du baptême. Bien que Jésus n’ait pas baptisé durant son ministère.

 

  1. Ch13 à ch33  Vie publique de Jésus

Le baptême de Jésus est la 1ère information historiquement certaine de la vie de Jésus. D’après Marc, c’est par le baptême que Jésus découvre sa vocation messianique. Un évènement intérieur qui est rapporté comme un évènement réel, cosmique.

Question : à partir de quel moment de son existence terrestre Jésus fut-il le Messie et sut-il qu’il l’était ?

  • Pour certains à partir du baptême. Notamment parmi les vieux judéo-chrétiens qui ne reconnaissent pas le caractère surnaturel de la naissance de Jésus. Pour eux, c’est un homme né d’une manière naturelle, choisi par Dieu pour Fils et oint de son esprit lors du baptême.
  • Pour d’autres, Jésus est né de manière surnaturelle. Il confirme sa messianité par un comportement de pureté et Dieu envoie son esprit sur lui au moment du baptême. Dieu adopte Jésus en tant que Fils.
  • Vers le 2ème siècle un courant gnostique  pense que le Christ céleste qui vit en Dieu depuis le commencement des temps s’unit à l’homme Jésus lors du baptême.
  • Les plus anciens apôtres, Pierre et Paul, ne se préoccupent pas du sens du baptême. Jésus est le sauveur par la croix.

Les tentations de Jésus dans le désert sont le combat avec lui-même pour décider s’il accepte ou pas de suivre cette vie douloureuse.

Sur la trace générale, très lacunaire, certains jours ou semaines se détachent. Le récit de Marc, compagnon de Pierre et 1er évangéliste, est le plus crédible. Son récit est simple, sans raffinements littéraires.

Lors du 1er sabbat à Capharnaüm la parole est donnée à Jésus. On ignore le texte choisi et ce qu’il en a dit. Quand un possédé intervient, il le guérit. Tout ce qui est mauvais, toute maladie, tout état de dérèglement mental, était expliqué par l’intervention d’un démon. Jésus partage cette idée. Cet épileptique doit être impressionné par les paroles de Jésus, d’où son cri et sa crise. L’autorité et la compassion de Jésus l’ont calmé alors qu’il était épuisé. C’est ainsi que l’explique Schweitzer. Ce fut le début des « miracles » de Jésus. 

Jean Baptiste n’accomplit pas de miracles. Jésus donne des signes en accomplissant des miracles mais le peuple est loin de conclure à sa messianité. Un miracle signifiait qu’un être humain bénéficiait de la force divine et réussissait à vaincre les démons responsables des malheurs et des maladies.

Les signes qui apparaissaient étaient pour Jésus des instruments de la grâce de Dieu, non une affirmation de sa propre personne. Mais il y a toujours une recherche du merveilleux. Ce que l’on ne comprenait pas était interprété dans le sens du merveilleux, et l’on brodait en conséquence. 

C’est l’évangile de Luc, le plus tardif, qui raconte le plus de miracles.

Pour Schweitzer il n’y a pas lieu de reconnaître comme véridiques tous les miracles attribués à Jésus, ni de faire de cette croyance un critère de sa foi. Jésus a pu obtenir des guérisons par sa force spirituelle. Mais changer l’eau en vin… Ce qui détermine à avoir foi en lui, c’est sa personne, c’est la bonne nouvelle qu’il a annoncée. Les miracles nous montrent les actions de charité et de miséricorde accomplies par Jésus, manifestant aux hommes la puissance de l’amour qui sauve.

Prises de positions de Jésus

Question : Jésus vivait-il selon la loi ou se situait-il au-delà ? Sa manière de vivre était conforme à la loi : « ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes », mais il l’interprétait : « mais moi je vous dis … ». La vie humaine doit être libérée. Extérieurement il se tient dans le cadre de la loi mais intérieurement il la dépasse. Il ne sent pas la nécessité de l’abroger, car elle disparaitra d’elle-même avec la venue proche du royaume des cieux.

Quant à son comportement avec les païens, on peut noter une évolution. Au départ il ne veut pas prêcher pour les païens ou les aider. Il s’adresse uniquement aux brebis perdues de la maison d’Israël. Les traits en faveur des païens se trouvent uniquement chez Luc. Seul chez Luc Jésus passe par la Samarie pour aller à Jérusalem. Et lui seul raconte la parabole du Samaritain et la rencontre des 10 lépreux. Dans son comportement, il est réservé vis à vis des païens, comme tout Juif. Mais il ne les considère pas impropres au royaume des cieux, au contraire. Il ne s’occupe des païens que lorsqu’ils viennent à lui en étant remplis de foi (cf. la Cananéenne). Il fait confiance à Dieu pour mener les païens à la vraie foi.

A propos des riches, Jésus parle avec mépris de la richesse et de la propriété en général. Nous avons du mal à nous reconnaître dans ses pensées. Il faudrait attendre que Dieu subvienne à nos besoins sans se préoccuper du lendemain. Le pays et l’époque de Jésus permettaient une certaine insouciance  (absence d’hiver, glanage, tradition de l’aumône). De nos jours c’est plus difficile, surtout dans les villes. Jésus est en attente d’une fin du monde imminente qui peut être gênée par l’attachement aux richesses qui nous détourne des réalités célestes. Il s’agit d’adapter les propos de Jésus à notre temps, tout en gardant certains de ses propos, comme « vous ne pouvez servir Dieu et Mammon ».

Jésus attend de nous des actions audacieuses, dans la démesure. « Il te manque une chose : va et vends tout ce que tu as »

Il y a de nombreuses questions sur la vie sociale que Jésus n’a pas abordées. Dans l’attente d’une fin du monde, les aménagements de la vie terrestre n’avaient qu’une importance secondaire.

Il a quand même exprimé des idées négatives sur l’Etat. Il savait la cruauté des gouverneurs de Palestine (massacre des Galiléens, impôts excessifs…). Il sépare la religion de l’état : « rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Un état est toujours une violence, une coercition, même s’il est chrétien. Un état chrétien est un danger pour la religion. Une religion d’état entraîne une déformation de la religion car face à des intérêts terrestres. Pour A.Schweitzer Jésus prendrait certainement parti pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat. (séparation en 1905 donc après la publication des Propos).

Dans notre monde, se pose la question de la science face à la religion. A l’époque de Jésus c’est la science de la Loi qui intéressait le peuple ; l’interprétation minutieuse des textes de la Loi occupait les intellectuels. Jésus répond aux pharisiens et saducéens en citant l’AT mais ne laisse pas la science pénétrer dans l’intimité de son âme. La science ne rend pas les hommes meilleurs spirituellement. Et notre science moderne étouffe souvent la réflexion personnelle sur le sens de la vie.   

Jésus s’est limité au petit pays de Galilée, il était inconnu des philosophes et des historiens, il n’a écrit aucune de ses paroles, et pourtant son œuvre s’est étendue au-delà des mers. Quand les apôtres ont constaté que Dieu prolongeait le temps de ce monde, ils sont allés semer la parole qui avait mûri en Galilée. Ils évoquent la croix et la résurrection.

Question : quelle fut la durée de l’activité publique de Jésus ?

Les disciples visaient à rapporter les paroles de Jésus, les circonstances où elles avaient été prononcées. Mais pas d’indications chronologiques ni de liaison entre elles. D’après les 3 synoptiques son ministère a duré 1 an : 1 seul voyage à Jérusalem, durant lequel il a trouvé la mort. Or il devait s’y rendre à chaque fête de Pâques. Pour Jean, Jésus se rend à Jérusalem 2 ou 3 fois donc son ministère serait de 2 ou 3 ans. Schweitzer opte pour 1 an, suivant Marc. 

Jésus enseigne avec beaucoup de paraboles, selon la manière orientale de parler (cf. les prophètes). Les 1ères sont plus courtes, elles évoquent la nature. Les dernières sont plus développées, plus sombres, elles parlent des problèmes de relations humaines. Jésus ne veut pas expliquer le mystère du royaume des cieux aux indifférents.  Que chacun interprète ses paraboles.

Quant aux Béatitudes Schweitzer pense que les paroles authentiques de Jésus sont plutôt chez Matthieu, car il ne pense pas que Jésus puisse maudire quiconque.  

Albert Schweitzer s’intéresse à un aspect particulier de Jésus dans le ch25 : la joie et le sérieux de Jésus. La joie fait partie de la personne de Jésus, ce que lui reprochent les pharisiens. Il répond aux invitations, invite ; pendant les repas partagés, il mange, boit, gaiement. Il aime la vie, la nature, les enfants. Il y a parfois une ombre, des scènes pénibles comme à l’égard de sa mère et de ses frères qui viennent le chercher (Marc13). Les liens de famille rendent la vie agréable, mais sont un obstacle sur le chemin du Royaume si on s’installe confortablement dans ce monde. Se mêlent en Jésus un esprit de joie et un esprit de sérieux.

Dans la 1ère période du christianisme le refus du monde a été poussé à l’extrême. Martin Luther a réagi, il a su retrouver en lui la joie évangélique.

D’après Schweitzer, le protestantisme représente davantage la joie de vivre de Jésus, le catholicisme plutôt son aspect sombre et grave. La morale chrétienne est personnelle. 

La mission (Luc ch9 ; Marc ch6 ; Matthieu ch10 ; rien dans Jean)

Chez Luc Jésus envoie en mission les 12 apôtres (12 tribus d’Israël), puis 70 de ses disciples (70 peuples païens connus à l’époque). Luc veut attirer l’attention sur l’entreprise missionnaire au temps de Paul. Il n’y a pas de 2èmeenvoi dans les autres évangiles. Les apôtres partent comme moissonneurs, les prophètes ayant semé.

Chez Matthieu la seule parole à crier sur les toits est « le royaume des cieux est proche ». Les gens entendaient l’amour de Dieu, l’obligation de la repentance, l’espoir du pardon, la promesse du salut. Comme au temps de la réforme avec l’idée de grâce, qui fit redécouvrir le sens de l’Evangile.

La fin du monde ne s’est pas réalisée, Jésus s’est trompé, mais les évangélistes ont gardé ces prophéties énoncées par Jésus. Leur foi et l’esprit de Jésus ont triomphé de leur déception.

Après l’envoi en mission la vie de Jésus semble s’être déroulée dans un monde surnaturel avec les guérisons et les miracles. Schweitzer tente de supprimer le surnaturel de ces évènements. La multiplication des pains serait une sorte de sainte Cène ; si c’était un miracle, pourquoi des pharisiens lui demanderaient-ils des signes quelques jours plus tard ? La marche sur les eaux serait simplement le déplacement de Jésus le long du rivage, dans le brouillard dû à la tempête.

Beaucoup croient que ça s’est passé comme c’est raconté. Or le christianisme se tient au-dessus de la croyance au surnaturel. Pourtant il semble qu’il ne reste plus rien du christianisme dès qu’on enlève la dimension du surnaturel. Au temps de Jésus on croyait aux miracles, au surnaturel, et la réalité a été déformée. Jésus renvoie au miracle de Jonas : le miracle d’une repentance, de la conversion des habitants de Ninive. L’Eglise, à grand renfort de surnaturel, cherche à garder la faveur du peuple. 

Fin de Jésus

Schweitzer relève la question de Jésus : « Qui dit-on que je suis ? »

2 choses étaient cachées aux disciples :

  • Que Jésus était le Messie
  • Qu’il devait souffrir                                                                                                                                                                  

Jésus ne parlait pas de lui. C’est quand il eut la conviction qu’il lui faudrait souffrir et mourir qu’il se fit connaître comme étant le Messie. Il n’explique rien, à personne, pas même à ses disciples. Il annonce seulement ce qui doit arriver. L’être de Jésus, c’est la force contenue dans ses paroles. On proclame qu’il est le Messie, le Sauveur, mais pour combien cela est devenu une vérité effective ? Les mots dont nous nous servons pour le désigner (Sauveur, Messie, Fils de Dieu, 3éme personne de la Trinité) ne sont que des mots et traduisent une opinion. Nous pouvons laisser les formules du dogme si nous avons trouvé en lui la vie. Ce qu’il est en vérité et ce qu’il devient en l’homme qu’il a touché, ne saurait être exprimé dans aucune langue. L’essentiel est qu’on l’ait compris comme étant notre force de vie. Beaucoup vont avec lui, croient en lui, sans pour autant savoir qui il est, jusqu’au moment voulu où il se révèle à eux. Ceci ne peut être donné que par Dieu.

La mort de Jésus était annoncée au ch53 du prophète Esaïe. Aucune explication ne saurait épuiser le sens de sa mort et de sa souffrance. La force qui émane de sa souffrance a su pénétrer les disciples, Paul et les générations suivantes, comme sentiment de pardon, patience dans les épreuves, esprit de paix et de douceur. Sa souffrance et sa mort constituent le moteur originel de la vie de l’esprit. Jésus avait conscience de son rôle de Messie : « le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude »

Lors de son entrée à Jérusalem, c’est un prophète qu’on acclame, pas le Messie. Quand la foule apprend qu’il s’est reconnu Fils de Dieu, elle ne voit en lui qu’un blasphémateur.

Quand Jésus parle en paraboles de la venue du fils du maître vigneron,  tué par les ouvriers, les gens ne pensent pas qu’il parle de lui. Les dernières paraboles s’assombrissent, elles ne concernent que le drame des hommes. On a des histoires entre père et fils, entre maître et serviteurs, de vignerons homicides ou de mauvais invités.

A l’annonce de la fin du monde répond la destruction de Jérusalem et de son temple. Mais les prophéties, même non réalisées, sont une alerte. Et l’espérance du retour du Christ a donné aux premiers chrétiens et aux générations suivantes la force de rester debout dans les pires moments.

Scandales de Jésus 

Certaines paroles ou certains comportements de Jésus scandalisent. Par exemple :

  • Il n’a pas été un bon fils en disant : «qui est ma mère… » . Il se référait peut-être à une forme de parenté supérieure et spirituelle, mais les mots sont durs. Et Marie ne pouvait pas encore comprendre. D’autre part il condamne ceux qui font des offrandes pour le temple au détriment de leurs parents.
  • Il présente une certaine étroitesse d’esprit en n’entrant pas dans les villes de Samarie ou avec la Cananéenne. Pourtant il ouvre aux païens la porte du royaume des cieux.
  • Il se contredit, même si les circonstances justifient sa parole comme les malédictions sur les villes ou sur le figuier. Les mots sont durs. « Je ne suis pas venu apporter la paix mais l’épée ».
  • Jésus luttait contre la soif de miracles du peuple. Pourtant il dit à ses disciples que s’ils avaient la foi ils pourraient déplacer des montagnes. Sans doute voulait-il dire que la force de la foi est supérieure à celle du monde. Mais de telles paroles ont favorisé l’appétit du merveilleux et ont conduit, par exemple, au jugement de Dieu par l’épreuve du feu ou de l’eau.
  • Parfois le scandale vient de la forme que les évangélistes ont donnée aux paroles de Jésus, soit par malentendu soit par déformation de la transmission. On tente de donner un sens acceptable à ce qui choque, de trouver un sens. C’est dans Luc que l’on trouve le plus de paroles scandaleuses. Par exemple : « heureux les pauvres » (« …en esprit » dans Mattieu), ou la parabole de l’économe infidèle qui vole son maître pour assurer son avenir et dont le maître fait l’éloge.
  • Jésus savait que les hommes ne le comprendraient pas en tout : « Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute », dit-il en Matthieu 11-6.

Schweitzer ne parle pas de la résurrection.  La considérait-il comme un élément merveilleux ?

 

Conclusion personnelle

Schweitzer utilise un style simple, très abordable, sans galimatias théologique. Des images pour évoquer les évangélistes, la parole de Dieu, la foi, le surnaturel,  des descriptions de Nazareth, du lac de Génésareth, à l’époque de Jésus et du temps de Schweitzer, agrémentent le récit.

Pour le fond, l’essentiel de la théologie de Schweitzer est exprimé dans ces Propos. 

Pour lui Jésus est un homme de son temps, inspiré par l’esprit divin, croyant fermement que la fin des temps était imminente. Sa divinité a été déclarée plus tardivement. Schweitzer n’hésite pas à critiquer Jésus sur son comportement (mauvais fils, hostile aux non-juifs au début de son ministère), sur ses paroles souvent dures, mal liées à son esprit d’amour, comme ses menaces d’enfer ou ses exigences extrêmes. Il attribue ces failles à l’aspect humain de Jésus, à ses croyances liées à son époque, et à l’interprétation qu’en donnent les évangélistes. Pour Schweitzer Jésus est d’abord un homme détaché des exigences matérielles puisque la fin du monde est proche, plein d’amour pour les autres qu’il cherche à convaincre de changer de comportement pour être sauvés.

Les miracles qu’on attribue à Jésus doivent être débarrassés de leur aspect merveilleux. 

Schweitzer est proche de la théologie libérale de son temps, mais en acceptant les mystères et les questions sans réponses que l’on peut rencontrer dans la Bible.

Schweitzer nous invite à suivre Jésus en se demandant comment adapter notre comportement dans notre monde moderne aux exigences de Jésus. Cette réflexion est toujours à recommencer. Il insiste sur l’engagement personnel pour vivre sa foi et répondre à l’appel : « Toi, suis-moi ».

ALO: PRÉSENTATION DES LIVRES
6 juin 2026

Atelier de Lectures Oecuménique du 26 avril 2026

Ouvrage présenté par Claude Houssin

 

1. Présentation des auteurs :

2. Avant -propos :

Aventure vécue lors du confinement 2020.

Les deux auteurs servent la cause des femmes dans l’Eglise catholique. Le confinement s’est révélé un temps fructueux pour revisiter de l’ancien afin d’y trouver du neuf, regarder de plus près la plus grande figure féminine du christianisme, Marie, la mère de Jésus.

Elles devinaient que ce travail leur permettrait de mieux comprendre le poids de la domination masculine sur les femmes. Nulle figure évangélique n’a été autant sacrifiée à cette domination que Marie.

Marie appartient à notre patrimoine commun. Elle est un fleuron du catholicisme parce qu’elle adoucit la vie tragique de Jésus et la radicalité de son message par une figure maternelle, familière, tendre et bienveillante.

Cette « Marie à l’enfant » peuple les églises et orne les maisons. Mais elle assume aussi le tragique absolu d’une existence. Dans l’extrême solitude de ceux qui perdent un enfant, dans leur incapacité à dire leur douleur, Marie offre son exemple.

Ces caractéristiques font de Marie une figure à l’attrait puissant. Mais elles rendent aussi très difficiles toutes modifications de l’icône qui a été construite.

Qui peut lutter contre cette « Marie telle que le public veut la voir » ?

Nos deux auteurs se proposent de rendre à Marie les couleurs que les Evangiles lui ont données. Il y aura donc, dans une première partie un temps de déconstruction.

Déconstruire cette image d’une femme hors du commun, inaccessible.

Rejoindre en Marie le modèle de ce qui se vit tous les jours dans des millions de foyers où une mère s’occupe de son enfant et le pousse vers son accomplissement. Par ailleurs, le vocabulaire a démesurément enflé Marie de titres emphatiques : « Reine du ciel, étoile de la mer » …

Mais, comme tout débordement, ces louanges ont suscité des recadrages. Au 16 -ème, Luther a vigoureusement contesté les excès des cultes des saints, en particulier de Marie. Et, dans l’Eglise catholique, le concile Vatican II a ramené les catholiques à plus de retenue.

En ramenant Marie au rang d’une poupée que les acteurs cléricaux font parler sur commande quand cela les arrange, l’institution se discrédite et tous les catholiques se privent de la plus belle illustration du dynamisme de la foi.

Nos deux auteurs ont compris que la figure de Marie est clivante, entre passion et raison, entre excès et rejet, entre discours officiel et vérité exégétique. Peu à peu, pour elles, après un gros travail de discernement, une autre Marie s’est imposée. Une figure puissante, riche, complexe. Elle a la force des prophètes et une incroyable vigueur. Elle répond aux attentes contemporaines et nourrit la foi.

 

3. Introduction

Dans cette introduction, les auteurs constatent un effacement du message des Evangiles. Les hommes ont remodelé une image de Marie pour servir d’autres buts que celui dont l’avait investi l’Evangile.

Marie est mère, Marie est femme. Deux risques majeurs :

  • Permettre l’identification la plus puissante qui soit en Occident. Quelle mère ne pourrait-elle légitimement se reconnaître proche d’une telle figure ?
  • Pour les fils et filles que nous sommes, reporter sur Marie nos liens originaires avec notre mère. Dans le catholicisme où les prêtres sont célibataires, il se peut qu’aucune figure féminine ne soit venue détrôner la mère. Dans leur inconscient, la mère reste omniprésente. Ne l’est-elle pas parfois trop ?

Or, nous n’avons pas à projeter nos états d’âme sur une figure qui transmet infiniment plus que ce dans quoi nous tentons de l’enfermer.

  • Second risque : instrumentaliser Marie à des fins politiques, en faisant d’elle la femme par excellence, particulièrement docile à la domination masculine en vigueur dans l’Eglise. Il importe de corriger le schéma selon lequel Marie incarnerait LA femme. Il faut donc sortir Marie des caricatures et des biais qui l’ont enfermée, celle qui, par son obéissance, réparerait la faute d’Eve. Il n’existe que DES femmes aux trajectoires plurielles, irréductibles à un seul modèle.

Il faut donc sortir Marie des images figées qui l’ont instrumentalisée et retrouver la fraîcheur vive de la mère de Jésus.

 

3 temps dans cet ouvrage :

  • Déconstruire
  •  Rassembler
  •  Reconstruire

1ère partie

Déconstruire

Les Evangiles parlent assez peu de Marie. Elle est affectée dans la rubrique Eglise et non pas Bible, ce qui a ouvert la porte à des excès sans nom.

Certains commentateurs ont couvert les blancs du texte par ce qu’ils VOULAIENT entendre. Soit en renforçant la domination masculine alors en vigueur, Soit en imposant leur subjectivité. Au point que la figure de Marie, victime de déformations majeures par rapport au message original des Evangiles, ressemble davantage aujourd’hui à une « potiche lobotomisée » qu’à la mère du Sauveur. (Lobotomisée, ici sens figuré = bête, amputée d’une partie d’elle-même et de ses facultés).

 

1-Une figure lobotomisée

La tradition catholique a fait de Marie une jeune femme éloignée des plaisirs de la chair, presque « décorporée », silencieuse et obéissante, que l’adversité transforme en mère de douleurs. La figure de Marie s’est fondée comme antithèse d’Eve et modèle de toute femme.

Il fallait revenir à la normalité des relations sociales que Jésus avait quelque peu chahutées en posant un regard égalitaire sur les hommes et les femmes. La jeune Eglise s’est dotée d’une figure féminine qui illustre le retrait, l’obéissance et non une puissance féminine susceptible de rivaliser avec celle des hommes.

Eve a été considérée par les commentateurs chrétiens comme responsable de la désobéissance, rapidement qualifiée de CHUTE. C’est sur cette notion de CHUTE, de FAUTE, de RACHAT que s’est construit tout l’échafaudage de ce que les théologiens appellent la REDEMPTION.

Celle-ci explique que le Fils de Dieu est venu sur terre pour racheter la faute originelle du couple Adam et Eve. (Cf Minuit chrétien !!!) Les récits des origines ont donc été chargés de dire l’indélébile déchéance portée sur le couple. La dynamique de vie en a été fortement entamée. La culpabilité a prospéré chez les croyants, alimentée par « la pastorale de la peur ».

Mais cette honte qui va peser lourd sur le couple frappera surtout Eve, donc toutes les femmes après elle. Saint Irénée dit : « Le nœud de la désobéissance d’Eve a été défait par l’obéissance de Marie. »

La flèche est décochée, mesdames, nous sommes ciblées !

Eve, tenue pour l’instigatrice du péché originel, a dû assumer le rôle d’accusé principal. A sa suite, toutes les femmes en ont pâti. Cette exacerbation de la culpabilité des femmes est concomitante à l’obligation par Rome du célibat des prêtres qui date du 12 -ème siècle. La conviction que l’humanité a chuté permet d’amplifier la fonction salvatrice de Marie.

…………..Survient un long développement sur le regard de Jean-Paul II sur la maternité comme destin et l’opposition de l’Eglise catholique face à l’émancipation des femmes (question de la contraception et de l’IVG).

Les auteurs observent l’incroyable détermination masculine, en particulier sous le pontificat de Jean-Paul II, à vouloir maintenir les femmes dans la cage dorée d’une assignation biologique.

Malgré les quelques ouvertures du pape François, le chemin à parcourir vers l’égalité est encore long.

 

2-Numquam satis

 

Une piété mariale débordante

A S et S L développent dans cette partie le fait que la piété mariale est devenue débordante à partir du Concile d’Ephèse en 431 qui a attribué à Marie le titre de « mère de Dieu ».

Nombreux édifices mariaux et fêtes mariales : la Nativité, la Présentation de Marie au temple, l’Assomption…Des compliments infinis : la Vierge, la reine du ciel …

Mais au 16ème siècle, Luther s’insurgera contre ces excès.

Plus tard se multiplieront les apparitions de la Vierge : Lourdes, la Salette etc…

En 2019, on dénombrait 2900 lieux de pèlerinage à Marie. La popularité de Marie atteint son apogée avec l’adoption du dogme de l’Immaculée Conception en 1854 et celui de l’Assomption en 1950 .

Mais comment justifier, au regard de l’Ecriture, la diffusion de médailles miraculeuses, comme il en existe de célèbres ? Les ajouts populaires ne doivent pas contredire l’Ecriture. Marie n’a pas à prendre la place du Christ. Ici, Marie n’a plus grand-chose à voir avec la jeune femme d’Israël qui a accueilli Jésus.

 

Marie au service de la politique ecclésiale

Marie est une figure politique. Cette affirmation trouve aujourd’hui une application nouvelle, inquiétante, dans le courant traditionaliste dont la référence majeure est avant tout de faire respecter l’ordre. Et le Christ y est rarement cité. Certains chants comme « Regarde l’étoile » ne font aucune référence au Christ. Cette omission confirme la volonté de proposer une figure mariale bien moins radicale que le Christ car on l’aura préalablement fait entrer dans les codes genrés qui la veulent soumise, humble et surtout silencieuse.

 

Du bon et du mauvais usage des dogmes

Au 16 ème, se prépare une quasi- divination de Marie avec Louis Marie Grignion de Montfort qui qualifie Marie de « médiatrice ». Et Alphonse de Liguori qui explique que toutes les grâces nous viennent par les mains de Marie.

Au 20 ème, Maximilien Kolbe pour qui l’Immaculée est, en un certain sens, l’incarnation de l’Esprit Saint.

Mais de dérive en dérive, on divinise Marie, ce qui est une hérésie.

En 1950, Pie XII promulgue le dogme de l’Assomption. Certains en viennent à souhaiter que l’on déclare Marie « corédemptrice » comme si la foi en un Dieu unique ne parvenait décidément pas à imprégner le cœur des êtres humains.

Mais le Concile Vatican II n’abordera pas la mariologie pour elle-même et considérera que la situation de Marie n’appelle aucun dogme nouveau.

Lecture des 4 dogmes pour Marie p 57 + p 61

 

3-La virginité en question

Les 4 dogmes concernant Marie sont donc :

  • la maternité divine : Marie est mère de Dieu.
  • la virginité perpétuelle.
  • l’Immaculée Conception : Marie est préservée de tout péché.
  • l’Assomption : Marie monte au ciel, corps et âme.

Le dogme de la virginité perpétuelle de Marie a été promulgué en 649. Il dit que le couple qu’elle forme avec Joseph n’a pas eu de relations sexuelles pendant toute sa vie conjugale.

 

Ce que disent les Evangiles

Le propos de Matthieu s’achève par une information importante pour notre sujet : « Joseph ne la connut pas jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils. »

Dans la Bible, « connaître » désigne les rapports sexuels. Joseph donc accepte de s’en abstenir. Il inscrit jusque dans son corps un retrait destiné à ce que l’œuvre de l’Esprit puisse s’accomplir.

L’Esprit suscite un Sauveur dans le corps de Marie, avec le consentement actif de Joseph. L’attestation de la virginité de la jeune femme est au service de ce projet de salut. Mais le verset donne une limite à l’abstinence : « Jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils. »

Luc, de son côté, rapporte qu’une « vierge fiancée » est informée, non par un songe, mais par un ange, « qu’elle concevra ». Les fiançailles annoncent les noces tandis que la virginité en montre la condition indispensable en Israël.

Mais Marie ne manifeste aucune aspiration à la virginité pour elle-même.  « Comment cela se fera-t -il puisque je ne connais pas d’homme ? »

Luc insiste davantage sur le « oui » que Marie va prononcer et sur la grandeur de Dieu : « Rien n’est impossible à Dieu ».

Si Matthieu et Luc attestent que la conception de Jésus a eu lieu quand Marie était vierge et que cette conception n’a rien modifié à sa virginité, ils induisent davantage : il a fallu plus qu’une semence d’homme pour assurer la venue de cet enfant. Il a fallu l’Esprit. Marie et Joseph prendront conscience de leur vocation parentale particulière qui est celle d’éduquer le Sauveur. Mais observons bien que ni dans les Evangiles, ni ailleurs dans le Nouveau Testament, il n’est question d’une virginité qui se prolonge au-delà de la naissance de l’enfant.

Plus tard, le maintien de cet état serait anthropologiquement incompréhensible dans l’univers environnant puisque la place de toute femme au sein de la maisonnée consistait d’abord à donner des fils à son époux.

Le dogme de la virginité perpétuelle de Marie exclut l’existence de frères et de sœurs. Pourtant, nous pouvons accueillir sereinement les informations évangéliques sur les frères et sœurs de Jésus. Cf les nombreuses références chez les 4 évangélistes.

Pour les protestants, Marie et Joseph auraient eu d’autres enfants après la naissance de Jésus.

 

Que dit-on de la virginité dans le monde antique ?

Pour comprendre ce qui a nourri le propos de Matthieu et Luc, il faut connaître leurs codes culturels. Le désir des anciens était d’entourer les naissances des grands hommes d’un certain mystère, ce qui peut expliquer le recours à la virginité. Matthieu et Luc veulent expliquer l’exception, la raconter d’une manière grandiose et, peut-être aussi, asseoir la puissance de celui dont ils racontent le parcours. Le merveilleux est presque, pour eux, une modalité narrative.

La virginité de Marie pendant sa grossesse montre sa disponibilité spirituelle, « en vue du Fils ». Si cette virginité de Marie est une figure, que le couple ait eu des relations sexuelles ou non devient une curiosité inutile. Curieusement, le monde catholique, alors qu’il évoque parfois « la fille de Sion », non seulement ne tire aucun enseignement de l’expression « vierge d’Israël », pour exprimer l’amour qui existe entre le peuple et son Dieu, mais ne l’utilise pas pour tenter de comprendre la virginité de Marie.

Pourquoi l’Eglise catholique a-t-elle oublié les prophètes qui disent l’amour entre Dieu et son peuple à travers la figure d’une noce dont l’épouse doit rester « vierge des idoles « parce que cette virginité garantit son amour ?

Pourquoi a-t-elle si peu tenu compte du fait que, dans la tradition juive, la virginité est un état nécessaire mais passager ? Le sujet central des évangélistes n’était pas de dire le magique d’une naissance surnaturelle, mais la grandeur de cet enfant divin.

Peut-être faut-il imputer ces manquements à la violence des rapports entre les communautés juives et chrétiennes, visible dès le 2ème siècle, jusqu’à une rupture quasiment complète à la fin de l’Antiquité. Cet abîme creusé a compromis la transmission.

Un facteur historique a pesé lui aussi dans la balance pour magnifier la virginité physique des femmes. Dans l’empire romain, la virginité a pu être vécue comme un état positif. Elle a permis à de nombreuses femmes d’éviter la tutelle d’un mari. Aussi, dans l’esprit des Pères de l’Eglise, la virginité n’était pas une amputation de la liberté mais au contraire le moyen de la garantir.

Au cours des siècles suivants, l’Eglise, devenue une puissance temporelle, a politisé la figure de Marie. Ainsi, à des clercs que la Réforme grégorienne (11ème siècle) établit en piliers de l’Eglise et à qui on impose le célibat (12ème siècle), la figure d’une Marie toujours vierge est la bienvenue.

On voit ici dans toute son ampleur le désastre causé par une institution qui, pour donner satisfaction à son « personnel » nie sa qualité première, celle d’être le peuple de Dieu. C’est à sa vocation profonde qu’elle manque.

Dans cette décision politique, les grandes perdantes sont évidemment les femmes et ce, dès la fin de l’Antiquité. Nous avons vu qu’une lecture fondamentaliste leur a donné la virginité comme modèle.

De nombreux Pères de l’Eglise ont laissé parler leurs fantasmes et Rome s’est fourvoyée avec cette notion de virginité perpétuelle.

Comment revenir en arrière quand on estime ne jamais se tromper ?

Comment se dire fidèle à l’Evangile et étouffer son message ?

Tout cela est très grave parce que les femmes ayant cessé de s’absorber dans le dolorisme marial des siècles passés en ont désormais assez de ce modèle schizophrène d’une Marie vierge et mère, et préfèrent aujourd’hui quitter l’Eglise.

 

De la virginité à l’exaltation de la pureté

La virginité induit l’absence de relations sexuelles et donc de plaisir sexuel.

L’Eglise a jeté dès l’Antiquité une suspicion d’impureté sur tout rapport sexuel. Ce faisant, elle a limité la place du plaisir au strict besoin de la procréation. Si Marie procrée sans rapport sexuel, elle échappe au plaisir. Il faut s’interroger sur la réalité d’une inquiétude masculine devant le plaisir féminin. Comme s’il fallait le nier. On aurait, au contraire, attendu du christianisme qu’il valorise le plaisir mutuel comme la conséquence heureuse d’une alliance. Mais ce n’est pas en termes de libération et d’autonomie des femmes que raisonne le patriarcat.

Par ailleurs, l’amalgame virginité-pureté s’est invité dans le débat. Comment le magistère n’a-t-il pas mesuré le danger de « décorporer »la mère du Christ pour en faire un être hybride, à peine humain ?

Lire p 82,83,84.

Il reste à s’interroger maintenant sur le contenu de la maternité de Marie qui impacte tant la vie des femmes depuis des générations.

 

4. Une maternité particulière

Il est paradoxal que Marie ait été considérée comme le modèle de la mère, alors que sa maternité est unique.

Les ecclésiastiques ont donné en modèle de la femme idéale ce paradigme inatteignable : une mère vierge. Nous ne pouvons que refuser avec la plus grande vigueur de comparer cette maternité particulière à celle que vivent les femmes du commun.

Interrogeons le témoin majeur de cette maternité hors normes : Jésus.

Dès le début de sa mission, il refuse tous les liens qui entraveraient cette mission, en particulier les liens familiaux, et d’abord celui qui le rattache à sa mère :

« Qui sont ma mère, qui sont mes frères ? (Marc, 3, 33-34)

« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, …

Il envisage même l’hypothèse d’un éclatement de la cellule familiale pour le suivre (Luc 14, 26) « Je suis venu mettre la division… père contre fils et fils contre père …

Jésus veut instaurer une maternité et une fraternité sociales bien plus larges que celles du sang. Là est une fécondité bien plus fructueuse que celle des simples liens du sang :

« Personne n’aura laissé maison, femme, …à cause du royaume de Dieu, qui ne reçoive beaucoup plus en ce temps-ci et dans le monde à venir, la vie éternelle. » (Luc 18, 29-30).

 

Une maternité à connotation, elle aussi, symbolique

Demandons-nous un instant comment Marie a pu entendre de tels propos, sinon par un lourd travail intérieur qui l’a poussée vers une radicale conversion ?

En effet, que devient la notion d’affection sans limites entre la mère et son enfant à une époque où les femmes n’étaient reconnues que si elles devenaient mères ?

De fait, Marie n’y renonce pas sans effort. (Ex : Quand Jésus, à 12 ans, reste au temple et que ses parents le cherchent partout.) En Marie se croisent et se heurtent, sans doute, la mère selon le sang et la mère du Christ qui doit le laisser à sa mission.

Mais cette distance mise par Jésus est aussi un avantage. Il lui dessine une place nouvelle, celle de disciple.

Jésus est peut-être le premier de l’histoire occidentale à offrir aux femmes une vocation hors de leur maternité.

Quel regret que l’Eglise ne soit pas consciente de son infidélité au message du Christ et de l’amputation qu’elle impose aux femmes en continuant à valoriser la virginité ou la maternité comme les seuls accomplissements qui leur soient offerts. Jean-Paul II et Benoit XVI ont persisté à affirmer que la dignité de LA femme part du modèle marial, un modèle exclusivement maternel et ils ont toujours entretenu le parallèle entre Eve et la sainte femme soumise et obéissante qu’est pour eux Marie.

 

Marie, une vraie femme d’Israël

Marie a assumé sa judéité. Sa posture de femme juive est inscrite dès le début de l’Evangile de Luc, dans le Magnificat où il la décrit comme une vraie fille d’Abraham, ancrée dans la foi de son peuple. Marie participe à l’accomplissement des Ecritures en acceptant une place unique, celle de mère du Messie, Mère juive, donc.

Elle a fait circoncire son fils. Elle lui a enseigné la Torah. Elle s’est mise en danger pour son fils dès l’Annonciation, puis jusqu’à sa présence à la croix et dans la chambre haute alors que les adeptes de ce « perturbateur » Jésus sont pourchassés.

De ce fait, Jésus est juif, né dans le peuple juif, vivant selon la loi juive qu’il vient universaliser sans jamais renier son héritage.

Mère juive, Marie l’est à Cana, lieu de noces. Elle n’a pas le moindre doute sur la puissance de Jésus. C’est dans ce miracle qu’elle fait naître Jésus comme envoyé de Dieu.

Au moment de mourir, Jésus fait de Marie la mère de Jean et de Jean, le fils de Marie. Par ce biais, il intègre toute la communauté au cœur de cet enfantement nouveau. Nous devenons tous frères et sœurs par Marie, dont Jésus se détache en la nommant « femme ». Cette dénomination surprenante et symbolique marque une prise de distance entre notre humanité et sa divinité.

Enfin Marie est mère de Dieu, décision du Concile d’Ephèse en 431. A la suite de ce concile qui a beaucoup interpellé les théologiens d’alors, il faudra attendre le Concile de Chalcédoine pour aller au bout de cette affirmation. En effet, que cette maternité soit divine réinterroge l’identité de Jésus. Ce Concile dit : « Jésus est vrai Dieu et vrai homme, sans confusion ni changement ». Les débats seront vifs pour montrer que l’existence du Fils de Dieu né de marie ne commence pas en elle.

Conclusion : La maternité de Marie, comparable à aucune autre, ne peut être proposée comme modèle aux femmes. Elle doit être comprise dans le registre symbolique, à la fois parce qu’elle est inimitable et parce qu’elle concerne tous les croyants. Sa raison d’être est de signifier la grandeur du Fils ainsi engendré, le Messie.

 

2ème partie

 

Les pièces à conviction

Maintenant que nous avons libéré Marie de toute cette surcharge patriarcale et cléricale, nous allons rassembler les pièces à conviction de notre enquête.

La figure de Marie ne peut décevoir car elle porte en elle la promesse d’ensemble du message évangélique.

Marie, la mère de Jésus, ne peut être celle qui impose aux femmes un destin de soumission. Elle ne peut enfermer les croyants dans des impasses. Elle ne peut que les en libérer et renvoyer chacun à la grandeur de sa vocation de croyant.

Marie, mère du Sauveur, elle ne peut que tenir ouverte la porte qui conduit au salut.

Nous allons donc dans cette 2ème partie rassembler toutes les composantes de la « Marie des Evangiles. »

 

Marie, figure d’Israël

Marie est placée par Luc dans le récit de l’Annonciation en FIGURE de tout Israël.

En relisant ce récit, nous allons découvrir que sa structure même conduit à VOIR le peuple d’Israël dans son ensemble derrière la FIGURE de Marie, cette jeune fille au prénom le plus commun d’Israël qui vit dans une bourgade si peu connue des auteurs du temps, qu’elle les illustre toutes.

Détail souvent ignoré, ce récit est sans témoin. Nous sommes devant une scène intime.

Mais alors, qui nous en fait part ? Confidences de Marie qui aurait parlé à Joseph et Joseph aurait raconté à Luc ? Ou bien Luc a-t-il construit son récit ? Mais si Luc l’a bâti de toutes pièces, encore faudrait-il savoir lesquelles… Vers l’an 70, au moment où Luc termine son Evangile, rédigeant les deux chapitres dits des « Evangiles de l’enfance », Marie aurait eu entre 85 et 95 ans. Si elle avait rapporté les faits à ses proches, Luc, dont on connaît le souci d’une information sûre, aurait pu mentionner ses sources ou même fait parler Marie. S’il ne l’a pas fait, s’il a pris le risque de livrer à ses lecteurs un récit sans témoin, ne serait-ce pas parce que telle était son intention profonde.

 

Une annonce faite au lecteur

Comment savoir ce qui s’est vraiment passé dans la maison de la jeune Marie ?

Luc est-il crédible ? Le lecteur va se questionner. Il devient un acteur essentiel du processus, non seulement de la réception mais de la transmission du récit.

Ce questionnement laisse suggérer qu’il y a ici, au-delà de l’ « Annonce faite à Marie », une « Annonce faite au lecteur », et celui-ci est sommé de se prononcer.

Il nous faut retracer le cheminement de ce récit sans témoins et découvrir le cœur du message délivré.

Luc fait de ce récit la scène initiale où va apparaître la jeune fille qui sera au cœur du dispositif su salut. Il doit donc capter son auditoire avec des évocations qui lui sont familières. Or, elles font précisément résonner à l’esprit de tout lecteur juif des thèmes bibliques bien connus de tout Israël.

Ainsi, Marie reçoit la visite de l’ange de la même manière que Dieu visite son peuple. Elle est comblée de grâce, c’est-à-dire choisie par le Seigneur comme le peuple l’a été, par pure miséricorde divine. Marie ne refuse pas d’entendre l’ange, elle écoute. Elle a la crainte de Dieu, comme Israël en a la crainte (ce n’est pas la peur, c’est cet attachement respectueux de celui qui suit son Dieu.)

Ensuite, par la question de Marie : « Comment cela se fera-t-il puisque je n’ai pas de relations conjugales ? », la jeune fille montre à la fois qu’elle veut comprendre, qu’elle est disponible à l’Esprit, et qu’elle est en quête, ce principe central de la spiritualité juive. La quête (ou « derech » en hébreu) est une attitude devant le monde, une gourmandise devant la vie, œuvre du Créateur. Être sans cesse en quête de Dieu est la consigne première que donne le judaïsme à ses membres. Marie possède donc cette qualité offerte à tout le peuple.

Enfin, Marie fait alliance, selon le grand modèle de l’alliance proposé au livre de l’Exode et au livre de Josué où tout Israël choisit le Seigneur. Comme Israël, Marie dit OUI, elle obéit à Dieu, c’est-à-dire qu’elle écoute et accepte la proposition divine. Au risque de transgresser l’ordre moral des hommes, elle adhère au projet de Dieu.

Nous découvrons donc que cette jeune fille, en perpétuelle recherche, prête à trouver en toutes choses la présence et l’action de Dieu, est figure de l’Israël tout entier qui accueille l’enfant et réalise la promesse d’un messie sauveur.

Ainsi Luc, qui peut-être n’a jamais vu Marie, a peint la jeune fille juive selon le cœur de Dieu.

A ces qualités, Luc veut ajouter des caractéristiques propres à marie : sa liberté intérieure, sa capacité d’autodétermination et sa foi consciente et active. Elle décide de sa vie sans laisser les ingérences sociales et religieuses entraver sa disponibilité.

La conséquence majeure de cet usage métaphorique d’un personnage hissé au rang de figure, c’est de pulvériser toute prétention à faire de Marie un modèle pour les seules femmes.

En conclusion, Luc, dans ce récit « inaugural », expose tout son projet à travers Marie, figure d’Israël. Un sauveur nous est promis. Si cette jeune fille l’a accueilli, en préfiguration de tout Israël, tout lecteur peut faire de même.

 

Le Magnificat

Vient ensuite une analyse très approfondie du Magnificat comparé au cantique d’Anne, la mère du prophète Samuel. Il y a une proximité d’intention entre les deux textes. Le cantique de Marie est fortement inspiré de celui d’Anne.

Si Marie exulte de joie, c’est qu’elle perçoit en elle l’accomplissement du dessein de Dieu annoncé par Isaïe : « Voici, la jeune femme est enceinte. » (7, 14 ). Le sujet central de son propos, c’est son Seigneur. Elle ne peut se séparer de sa présence.

La logique de Dieu n’est pas la logique humaine. Seul Dieu peut ce qui est impossible aux hommes. Marie ne vient pas raconter une simple histoire de naissance. Nous ne sommes pas dans un schéma de liens maternels classiques. C’est pourquoi aucun des 4 évangiles ne mentionnera de complicité affective entre Jésus et sa mère. Au contraire, Jésus déconstruira les liens familiaux au profit des liens de la foi.

Marie annonce le programme qui sera confirmé par le discours que Jésus tiendra sur la montagne : les Béatitudes.

La joie de Marie est là car l’Ecriture s’accomplit. Marie devient le symbole de l’élévation des humiliés. Derrière le propos de Marie, il faut voir le programme de Jésus. Les temps sont accomplis. En Jésus, la libération est déjà opérée. Il reste à la mettre en œuvre.

Maintenant, nous pouvons reconstruire la figure de Marie telle que les Evangiles nous la livrent.

 

3ème partie

RECONSTRUIRE

 

Marie, jamais trop humaine

Pour Israël, l’humanité consiste à être responsable de soi et d’autrui.

Le bonheur de Marie n’était pas « seulement » d’être enceinte, mais aussi de savoir qu’avec cet enfant-Dieu, le salut s’était approché.

Car l’humanité selon Israël – et selon ce que nous, Sylvaine et Anne croyons – n’existe vraiment que si elle inclut, dans sa définition même, la quête d’un au-delà, précisément celui qu’annonce le Sauveur.

Par sa vie, ses guérisons, son enseignement et sa Passion, le Christ va montrer le chemin vers une humanité accomplie, réconciliée, qui ne laisse personne sur ses marges et se sait appelée par plus grand qu’elle. L’humanité de Marie intègre cet appel.

Marie est la personne la plus proche d’un Jésus qui est à la fois un homme inséré dans une histoire humaine précise et le Verbe de Dieu, autrement dit le Christ, l’un de la Trinité. Marie devient la compagne privilégiée du croyant qui veut méditer sur le mystère du Christ. Le lieu initial et indépassable de l’incarnation est le corps d’une femme.

 

Marie prophétesse

Marie offre les caractéristiques habituelles des prophètes.

Déjà, à l’Annonciation, l’Esprit vient sur elle, comme il a autrefois « fondu » sur les Juges, sur les prophètes, sur le roi David. L’Esprit les occupe totalement et leur assigne ce qu’ils doivent faire. Ils sont les « porte-parole » du Seigneur.

Ils annoncent à temps et à contretemps, ils annoncent au peuple son salut, sa délivrance ou la colère de Dieu.

Précisément, au temps de Marie, les prophètes semblaient se taire, le silence devenait lourd. L’attente était forte. Par conséquent, Marie la « comblée de grâce », exauce l’aspiration d’Israël.

Marie est chargée de témoigner que cet enfant semblable aux autres, hormis le péché, est Dieu qui vient. Car c’est au Fils de Dieu que Marie apprendra à parler, c’est le Fils de Dieu qu’elle prendra dans ses bras pour lui éviter les pierres et les ronces. Désormais, la parole de Dieu a un nom, une odeur, une voix, un regard. Dieu a pris cœur.

Un autre trait majeur.

Marie a dû se préparer à annoncer un Dieu à rebours des images de toute puissance qu’elle pouvait détenir par sa fréquentation du Premier Testament. Comment la fragilité et la dépendance sauvent-elles ? Comment comprendre que ce Dieu de faiblesse, dans la paille de la crèche, puisse apporter le salut ?

Le comprendre exige un détour radical.

Le Christ est sauveur parce qu’il oblige chacun à venir au « secours »de son prochain. En devenant sauveur, je me sauve. Je me sauve de la fermeture sur moi-même, je m’enrichis d’autrui. Le salut vient de l’aide mutuelle que les êtres humains se portent. Telle est une des caractéristiques majeures de la proposition juive et chrétienne. Elle affirme que le salut vient de l’aide mutuelle que les êtres humains se portent. Souvenons-nous qu’il s’agit de la consigne première donnée par le Créateur au premier couple : que chacun soit l’aide de l’autre.

Plus près de nous, c’est aussi le témoignage d’Etty Hillesum , qui, confrontée à la barbarie nazie, étend la consigne bien au-delà des hommes, jusqu’à Dieu lui-même :

« Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire, dit-elle au Seigneur, ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider et, ce faisant, nous aider nous-mêmes. »

Quand Marie chante dans le Magnificat que le « Tout- Puissant » a fait pour elle des merveilles, elle sait de quoi elle parle.

Il faut, en effet, beaucoup de puissance pour parvenir à insuffler aux êtres humains la venue d’un Dieu de faiblesse, aussi éloigné du désir de pouvoir qui les habite et des conceptions habituelles du divin.

 

Marie pleinement humaine

Marie est insérée dans une humanité ordinaire.

Elle a su tenir les yeux ouverts devant un enfant déroutant, qui en imposait dès l’enfance aux docteurs de la Loi, un homme qui s’est opposé à sa propre famille , puis au Temple, au point d’en mourir , un homme qui était à la fois « comme les autres et différent d’eux ».

Marie est une voix que toute personne peut entendre, d’où qu’elle soit. Marie élève la jeune fille d’Israël au rang d’une humanité qui, collectivement, est « capax Dei », capable de Dieu. Quelle fécondité dans cet enfantement !

 

Au service de son Fils

La mission prophétique de Marie est de toujours annoncer son Fils, dès le premier jour de sa grossesse.

Marie vit une grossesse qui l’entraîne bien au-delà de toute gestation humaine, jusqu’à la fin des temps que le Christ inaugure.

Mais il y a plus. Marie a dû accepter que cet enfant qu’elle avait reçu dans son sein, préexistait depuis toujours en Dieu. Marie a dû apprendre à dire : Il est depuis toujours en Dieu.

Le théologien Joseph Moingt émet l’idée que cette préexistence est une proexistence . Le Christ est en avant de nous. Il marche devant, entrainant l’univers à sa suite et donnant sens à toutes choses.

Nous avons fait ressortir le caractère exceptionnel de la mission de Marie.

Lire p 169 Jean Paul Sartre

Prophétesse d’un genre inouï, porteuse de la Parole, Marie a fait descendre les choses du Ciel sur terre. Marie, mère de Jésus

 

La sobriété de Paul et de Marc

Le court et unique propos de Paul annonce que Jésus est « né d’une femme » (Galates 4, 4). Jésus est pleinement humain.

Ce constat est important pour contrer le docétisme, hérésie apparue très tôt, qui nie la pleine humanité du Christ. De même, Marie n’est guère présente chez Marc. Marc présente la famille de Jésus : Marie, mais aussi ses frères, dont Jacques de Jérusalem, « le frère du Seigneur « qui appartiennent au clan qui s’oppose à Paul. Cette confrontation entre « Eglises » serait peut-être une explication du silence de Marc.

Mais il se peut aussi que les préoccupations des premiers disciples portent moins sur la biographie de Jésus que sur son message. Les écrits de Paul et de Marc sont les premiers du Nouveau Testament et ils sont d’abord destinés à annoncer le Fils de Dieu Sauveur.

 

Chez Matthieu, le pouvoir d’engendrement de Marie

« Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle naquit Jésus, que l’on appelle Christ. »

Ce n’est pas Marie qui est l’épouse de Joseph, mais c’est Joseph qui est mentionné comme l’ « époux de Marie ». Rôles à l’envers de toutes les conventions sociales de l’époque. ! Ce renversement hiérarchique signale aussitôt le personnage important du couple.

Ainsi, Matthieu privilégie la position de Marie comme mère de Jésus. Elle sera mère de l’Emmanuel « Dieu avec nous « et il ancre sa maternité dans la généalogie messianique en la référant à Joseph.

Il y a ainsi deux manières de présenter Marie à partir de cet Evangile.

Soit l’on s’en tient à la version traditionnelle qui brosse le portrait d’une personne effacée, silencieuse, puisqu’aucun mot d’elle n’est rapporté, qui demeure à distance des actions du divin Fils que l’Esprit lui a donné.

Soit l’on mesure tout ce qu’il a dû en coûter à un rapporteur tel que Matthieu, très imprégné des traditions de son pays, pour reconnaître que Marie est le vecteur principal de la venue de Jésus dans le monde .Joseph n’est plus que son époux. Marie assume à la fois l’humanité de son Fils et sa divinité en l’engendrant par l’action de l’Esprit.

Ce tableau présente Jésus selon 3 perspectives :

Il est divin, car engendré de l’Esprit.

Il est en continuité avec le Premier Testament car Marie est la jeune fille décrite par Isaïe

Et il est pleine ment humain car Marie assume la place ordinaire d’une mèrede famille.

 

Marie, mère du Christ

C’est ce que souligne l’Evangile de Jean, rédigé plus tard que les synoptiques.

Dans le récit des Noces de Cana, c’est Marie qui est conviée et son fils Jésus l’accompagne. C’est Marie qui amorce le dialogue et, en signalant le manque de vin, donne le tempo.

« Ils n’ont pas de vin (et non pas Ils n’ont plus de vin) » Marie ne suggère-t-elle pas déjà que ce n’est pas le vin de la vigne qui leur manque, mais un « autre vin » que seul son Fils pourrait donner ? Marie songe à ce vin précieux et non au simple vin du banquet de Cana. Elle met Jésus en face de sa mission d’une façon radicale. Si Jésus « se rebiffe », il annonce pourtant qu’il existe « une heure » vers laquelle il s’achemine. D’où vient l’audace de Marie ?

Elle connaît son fils de 2 manières :

1. Son expérience de mère.

2. Et le prologue que Jean a placé en tête de son Evangile et que, pour la vraisemblance de l’exposé littéraire, Marie doit connaître. « Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui, nous l’a dévoilé » Cet enfant vient du sein de sa mère, mais il serait aussi dans un autre sein, celui de son Père du ciel.

Marie voit son Fils sous le prisme de cette parenté majeure avec le Père, dont le Prologue dit qu’elle existe depuis « le commencement. » Jésus oppose un vif retrait à cette invitation qui traduit le trouble intérieur qui l’affecte : « l’heure » n’est pas venue. Mais déjà Jésus ne peut l’oublier. Nous assistons à une nouvelle mise au monde, à un accouchement.

Ce second accouchement ne s’achève pas à Cana. Le travail de Marie durera jusqu’au pied de la croix, où nous la retrouvons.

 

Au pied de la croix

« Femme, voici ton fils … voici ta mère. »

Marie est destinataire d’un message particulier, lié à son identité. Ce court dialogue amorce des liens d’un autre ordre entre Marie et le disciple non nommé. Le « bien -aimé » à qui Jésus confie sa mère laisse place à tout disciple et désigne le lecteur lui-même à travers lui.

Ainsi, Jésus intègre toute la communauté au cœur de cet enfantement d’un nouveau type.

Jésus donne Marie comme mère au disciple. Elle devient participante de la communauté des disciples. « Dès cette heure », dit Jean. Une autre heure commence dont le disciple bien aimé et Marie seront comptables.

Jésus crée une filiation définitive entre Marie et chacun de nous, pour tous les temps.

Création de la communauté nouvelle fondée sur Marie et Jean, un homme et une femme, comme en écho au 2ème chapitre de la Genèse. Stricte égalité, en fidélité naturelle au récit de la Création.

 

Marie, modèle du disciple

Ecouter, discerner, obéir, accueillir, comme un vrai disciple

Plusieurs épisodes montrent que Marie est disciple :

  •  L’Annonciation où Marie montre une écoute intelligente.
  •  Dans le Magnificat où elle se montre très lucide sur l’abus de pouvoir.
  •  Au pied de la croix, où, libérée de sa maternité biologique, elle figure un accueil sans aucune discrimination dans la vie présente et future de cette communauté.
  • Au début des Actes des Apôtres, Marie participe en personne à cette première assemblée croyante : « Ils se retrouvent tous d’un même cœur, pour prier »

Il nous paraît important qu’un chrétien annonce l’Evangile avec Marie, à partir de son acquiescement à une humanité ordinaire, terrienne, humble et attentionnée, capable, sans éclat inutile, d’une transgression risquée et d’une audace tranquille.

Lire p 204, 205

 

 

ALO: PRÉSENTATION DES LIVRES
9 février 2026

Atelier de Lectures Oecuménique du 5 février 2026

présenté par G.Bécheret

 

 

 Qui est Marion Muller-Colard?

Marion Muller-Colard est une théologienne protestante , un temps pasteur, écrivaine, animatrice une fois par mois sur France 2 de l’émission de Présence protestante ; elle a produit des livres pour la jeunesse , des romans et des essais dont «  l’Autre Dieu, la plainte, la menace et la grâce » écrit à la suite de la maladie de son fils qu’elle a manqué perdre à l’âge de 2 mois, ou « les Grandissants », titre qui fait référence à l’adolescence.

 

CROIRE  qu’est-ce que ça change?

Ce livre est donc la réponse de Marion Muller-Colard écrite à la première personne à un sms envoyé par  son fils aîné, une nuit à 1h08 du matin: « Comment tu peux être encore angoissée alors que tu es profondément croyante ? »

Cette question a donné à penser à Marion Muller-Colard qui lui écrit: « si j’ai échoué à te transmettre la foi, j’ai en revanche vraiment bien réussi à te transmettre l’angoisse. »

Ce livre ressemble à la fois à une lettre et à un échange oral où Marion Muller-Colard explore la question aussi bien dans  le domaine religieux que scientifique, politique et social

 

I  ÊTRE ANGOISSÉ et CROIRE

Marion Muller-Colard qualifie l’angoisse qui vous prend à la gorge de « trou dans l’être ».

Pour elle, croire ne change rien à cela même si elle est chrétienne: la foi ne supprime pas la peur mais elle permet de ne pas être seule avec elle.

Marion Muller-Colard a grandi avec deux options: croire en Dieu ou ne pas croire: c’était une alternative qui la tourmentait. C’est à 16 ans qu’elle a décidé de « basculer d’un côté plutôt que de l’autre  une fois pour toutes ».

Sa foi se manifeste par une louange à Dieu lorsqu’elle est devant la beauté mais cette beauté ne la console pas du scandale ni ne la prémunit contre l’angoisse.

Sa foi se manifeste dans le refus de se laisser enfermée uniquement dans ce ce qu’elle qualifie d’infidélité à l’immédiat.

Marion Muller-Colard rejoint en cela les idées de Paul Tillich,  théologien protestant, auteur du livre « Le courage d’être »: Il écrit que la foi qui répondrait à l’angoisse serait une recette alors que sa foi et celle dont parle Tillich est un mouvement de participation. Si la foi se met en quête d’efficacité, alors elle vire au fanatisme pour bétonner  ce que Tillich appelle des forteresses de certitudes.

Tillich pose comme condition à la foi d’avoir intégré l’angoisse de l’absurde, l’angoisse de la mort et l’angoisse de la culpabilité. Il postule que l’on peut vivre en bonne santé en cohabitant avec elles. 

C’est donc une bonne nouvelle pour Marion Muller-Colard, car si la foi n’empêche pas l’angoisse , elle empêche que l’angoisse ait le dernier mot:  elle ajoute que « l’angoisse est le prix à payer d’une certaine intégrité et de l’honnêteté; elle prémunit de devenir complètement con ».

 

II   CROIRE

A) CROIRE c’est ne pas être dupe de tous les bénéfices qu’on pourrait tirer de croire .

Donc ne pas être dupe c’est lorsqu’on sait que la foi ne supprime pas la souffrance, ne garantit pas le bonheur, n’explique pas tout; c’est être lucide, c’est accepter que la vie reste fragile, l’injustice demeure, la mort n’est pas annulée. 

C’est se dire: « je sais que je porte en moi quelque chose qui jamais ne sera apaisé et je ne suis pas dupe de tout ce que j’entreprends pour essayer de me prouver le contraire ».

Croire est une manière de tenir debout quand tout vacille .

Croire relève de l’intime conviction, de l’indémontrable et  n’engage pas à persuader ni à convaincre ce qui épargnerait bien des conflits et des erreurs.

B) CROIRE, c’est aussi ne pas être dupe de soi-même.

Dans une journée, nous jouons plusieurs rôles que nous révélons dans la vie sociale ou même affective, fût-ce celui d’être une mère ou un père. Croire nous pousse à ne pas être entièrement dupe des rôles qu’on joue, 

Croire nous fait descendre en un endroit sans rôle qui nous préserve de nous croire trop importants ou inimportants ; croire fait vivre  sour le regard de l’Inconnu avec un I majuscule, qui est l’Inconnaissable.

Pourtant Il existe de l’inconnu connaissable, objet de recherche scientifique pour augmenter notre connaissance et qui «  mobilise une forme de croire ». 

Où est la frontière entre croire et savoir? 

Nous ne devons pas être dupes de nos croyances en les confondant avec la connaissance. Car alors la frontière entre croyance et connaissance est abolie. Et cette abolition « engendre la  radicalisation  de la foi et le discrédit de la science , deux dangers qui menacent nos démocraties ».

 

III   Y A T IL DONC UN LIEN ENTRE SAVOIR ET CROIRE?

Vous connaissez cette expression « je ne crois que ce que je vois ». Cette expression est illogique: en effet,  une fois que j’ai vu, je ne suis plus en situation de croire, mais de constater.  Un exemple:  je crois que le train va arriver. Une fois que je le vois, je ne crois pas qu’il est arrivé: je le sais 

L’auteure rappelle le rapport étroit entre savoir et croire et elle ouvre ce thème avec le propos de l’apôtre Thomas:  si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n’enfonce pas mon doigt à la place des clous et si je n’enfonce pas ma main dans son côté, non je ne croirai pas!. 

Et Jésus, dans l’évangile de Jean  se manifeste en présence de Thomas et lui permet de faire l’expérience de voir et toucher ses plaies .  Alors, Thomas s’exclame « Mon Seigneur et mon Dieu ». Il voit et au lieu de cesser de croire, il commence à croire .

Thomas aurait pu continuer à être sceptique et dire qu’il était victime d’hallucination.  Au contraire, il outrepasse l’expérience de voir …..en un acte de foi . Mais nous sommes avertis: «  Heureux qui, sans avoir vu, croiront! »

Donc l’expérience de voir ne suffit pas à déduire une certitude ni à ouvrir le champ de la connaissance; elle incite à interpréter, à émettre une hypothèse; On a tôt fait de forcer la croyance qui est quelque chose d’inconnu, d’inquiétant à devenir un savoir , c’est à dire quelque chose de connu qui rassure et produit un sentiment de puissance .

 A) CROIRE marche-pied vers le SAVOIR.

Aujourd’hui, si on n’attend plus de la religion   relevant de  croyances non provisoires  qu’elle nous explique le monde, dans l’expérience scientifique, CROIRE n’est pas absent. C’est un marche-pied vers le SAVOIR, vers   des croyances identifiées, assumées et non sacralisées. 

Au cours d’une expérience scientifique, on démontre une hypothèse  par un essai qui sera positif ou réfuté: et c’est un pari ; c’est un ACTE DE FOI  que l’on doit accepter de perdre. Le chercheur doit être heureux de voir son hypothèse réfutée car il a participé à l’avancement des connaissances. Mais cela devient dangereux quand on s’acharne dans un fausse solution au point de réfuter toute réfutation. 

Pour illustrer ce danger, Marion Muller-Colard raconte l’histoire de Philippe SEMMELWEIS (1818-1865) médecin en obstétrique en Autriche P 53. A cette époque, beaucoup de femmes succombent à la fièvre puerpérale: il observe qu’il y en a moins dans le service du Dr Bartch que chez le Dr Klin.

Il remarque que chez Bartch ce sont des élèves sage-femmes qui pratiquent le toucher chez les parturientes; chez Klin, ce sont des étudiants en médecine; il obtient d’échanger les équipes d’un pavillon à l’autre: « la mort suit les étudiants ». 

Or les étudiants vont en salle de dissection avant d’aller examiner les futures accouchées. Semmelweis préconise aux étudiants de se laver les mains avant de rejoindre la salle d’accouchement. Mais Klin même s’il envisage la vérité sur la fièvre puerpérale va étouffer cette vérité par tous les moyens. Semmelweis va confirmer son hypothèse, mais ses résultats seront frappés du soupçon et du mensonge.

Peut être était-il vexant que la solution au problème fût si simple, discrète mais accessible dans un milieu médical gorgé de son importance. De là, à devenir incroyable, il n’y a qu’un pas. La raison qui aurait dû l’emporter a été emportée par des croyances à l’envers.   Il arrive qu’on ne parvienne pas à croire ce que l’on sait. Nous connaissons cette dissociation psychique avec le déni face aux données du réchauffement climatique par exemple.

Ce que Marion Muller-Colard veut transmettre à ses fils, c’est un art de croire et de savoir croire , comme on dirait « savoir-être », un art de croire auquel on prête une qualité qui produit un effet sur un groupe humain. 

Il est important de se savoir en train de croire pour éviter de croire savoir, de reconnaitre les registres et les distinguer. Il ne faut pas rougir de croire dès lors que l’on n’est pas dupe au point de prendre sa croyance pour une connaissance. Quand on sait croire, Dieu  reste un mystère, une présence; on sait que sa croyance est irrationnelle qui repose sur des expériences intimes 

B) CROIRE comme pari

Nous avons vu que   dans le domaine scientifique, croire n’est pas stable et occupe une fonction dans la recherche. Or nous allons voir que lors du Covid 19 et de l’étendue de la vaccination aux jeunes de 12 à 17 ans, les forces psychiques, sociales et politiques ont transformé une hypothèse en affirmation.  

« En mai 2021, le comité consultatif national d’éthique dont elle est membre est saisi par le gouvernement sur les enjeux éthiques de l’ extension à la vaccination des mineurs de 12 à 17 ans. Les Etats Unis ont déjà étendu la vaccination à cette population. La France bénéficiait d’un essai clinique sur un large échantillon. On pouvait attendre  la rentrée des classes pour observer ce qui se passait aux USA. Mais le 2 juin le président Macron annonça que le Conseil de défense réuni ce même jour avait décidé de rendre éligibles à la vaccination ces mineurs dès le 15 juin. 

A ce stade , les scientifiques n’avaient pas les moyens d’être certains de l’ efficience du vaccin sur la transmission du virus: ils avaient des raisons valables de le croire.

Les politiques ont lancé des campagnes de publicité maniant la carotte de la promesse et le bâton de la culpabilité. Tout était fait comme si la preuve était donnée que le vaccin entravait la transmission du virus.

Selon Marion Muller-Colard, on a raté  une occasion démocratique de partager le savoir et ses limites; de prendre conscience de la nécessité de croire comme étape du savoir, de notre interdépendance et du besoin de confiance qui en découle. Le vaccin était UN PARI raisonnable et on a fait comme s’il représentait la solution sûre et certaine. On a forcé la certitude pour emporter l’adhésion de toute une population.

Marion Muller-Colard ne reprochera jamais à « quelqu’un d’avoir perdu un pari qu’il avait travaillé à rendre raisonnable. Mais elle le lui reprocherait s’il lui l’avait présenté comme une certitude, abusant sa confiance en feignant pouvoir se passer d’elle. 

C) CROIRE et la confiance

Croire est en lien avec la confiance;

Un homme a demandé à un des fils  de l’auteure s’il avait la monnaie contre un billet de 20€ . Le jeune lui donna la monnaie mais ne reçut pas le billet. Sa confiance a été trahie, il en a déduit que plus jamais il  ne ferait confiance: « je ne me ferai plus avoir ». En colère , il a raconté cela à sa mère. Cette dernière, fière de lui, lui a répondu: “Refais toi avoir pour respecter qui tu es parce que tu ne devrais pas avoir honte; il n’y a pas de raisons de te sentir humilié ». En fait, on n’a jamais tort d’avoir confiance

Croire n’est pas crédulité ni naïveté: c’est une parti pris.

Ce n’est pas parce qu’on n’arrive pas à imaginer tous les scénarios dans toutes les situations qu’on est crédule. On agit par statistiques et par foi: on prend des risques, on mise sur l’autre. Si on devait faire une colonne de toutes les fois où nous avons eu confiance et où ça s’est bien passé, et une colonne de toutes les fois où notre confiance a été trahie, on verra qu’en fait la 2ème colonne est beaucoup moins remplie. C’est une folie quotidienne et c’est la condition de notre capacité à vivre des bons moments.

Quand ses fils ont commencé à voyager seuls (TGV direct et attente des grands parents devant la voiture à l’arrivée), elle s’est fait interpeller par une dame: « vous laissez vos enfants voyager seuls, avec toutes les horreurs qu’on entend? » Elle avait murmuré à ses enfants: « souvenez-vous que 99% de l’humanité est bienveillante ». Un « savant »mélange de foi et de probabilités en sachant que  « la confiance est le contraire d’une sécurisation »selon Georges Haldas d’où l’aberration de la politique dite du « risque zéro ». Une confiance trahie reste intègre. Se tromper cent fois sans être dupe, c’est une bien subversive façon d’être très intelligent.

D) CROIRE pour appartenir

On croit donc plus souvent qu’on ne le croit. Et ce n’est pas bien grave. L’essentiel est de le savoir.

Marion Muller-Colard est une croyante au sens religieux du terme: elle croit que le monde tel qu’il est n’est pas le résultat du seul enchaînement de hasards biochimiques. Sur le contenu de sa foi, elle épouse une tradition et s’y confie.  

Elle croit au sens de la confiance en la parole d’autres qui l’ont précédée. Elle s’en remet à sa communauté protestante, à laquelle elle appartient; avec d’autres elle répète des mots millénaires à la condition que la foi soit respirante . Croire à un corps absent, géoinlocalisable, aura amené une plus-value dans sa vie.

Cependant, la question des croyances ou de l’appartenance religieuse des personnes qu’elle rencontre n’est pas un critère de relation pour elle: il y a plus d’incompréhension entre elle et un chrétien qui vote Trump qu’entre elle et son amie musulmane.

Dans les rencontres interreligieuses, rien ne l’agace plus que la tentation de fabriquer du commun à tout prix. Quel intérêt y aurait il à entrer en relation si l’autre n’avait pas une autre façon de croire que la sienne? Ce qu’il y a de commun, c’est savoir croire assez tranquillement pour pouvoir laisser l’autre croire autrement . 

La fracture qui traverse le champ religieux sépare les croyants capables d’altérité (de reconnaître l’autre en tant qu’autre) et ceux qui en sont incapables et qui font de leurs croyances des « forteresses de certitude ».

E) CROIRE et douter

Pour Marion Muller-Colard,  le doute préserve le principe même de la croyance ( s’il n’y a plus de doute, il n’y a plus rien à croire) et de la relation à l’autre. Le doute dans sa foi est ce qui réserve du crédit au savoir croire de l’autre et nous permet de coexister.

Marion Muller-Colard nous met aussi en garde contre le cryptoreligieux. Le besoin religieux avance masqué avec des croyances qui ne se s’assument comme telles, des mouvements qui prennent des modalités religieuses dans leur tendance dogmatique et prosélyte », ce que Jacques Ellul appelait « les produits frelatés de la spiritualité ». Le cryptoreligieux «  est une fabrique de morale, qui désigne le bien et le mal, qui refuse le doute et se croit objectif. Le cryptoreligieux appartient au registre du croire savoir. D’ailleurs,  la laïcité qui n’est pas un interdit de croire mais la valorisation du savoir croire par excellence , a été la proie du cryptoreligieux, 

Marion Muller-Colard termine son livre par le chapitre intitulé

 

IV   OPPORTUNITÉ DE L’INCERTITUDE. 

Elle espère que jamais on ne prouvera la résurrection du Christ car on  scierait la branche sur laquelle elle est assise avec beaucoup d’autres.  Croire en l’improbable est un acte de foi utile, croire en l’impossible est un pas qui force en elle l’espace de l’inconnaissable.

 

En conclusion

Si croire n’empêche pas l’angoisse, qu’est ce que ça change?

Pour Marion Muller-Colard, croire empêche le désespoir mais n’en prémunit pas . Croire ne met à l’abri de rien pas même de ses pires cauchemars. 

Elle répond à la question de son fils par ces mots:

Si l’incertitude t’angoisse, il est toujours permis de croire qu’elle joue dans ton camp. Car croire, ça change l’incertitude en opportunité . Pour Marion Muller-Colard, une autre façon de regarder l’incertitude est de la voir non comme un danger, un risque, mais plutôt comme un nouveau possible, qui joue pour nous, et qui change l’incertitude en opportunité.

Croire dessine un après, une terre en vue dans la mer déchaînée .

 

ALO: PRÉSENTATION DES LIVRES
17 octobre 2025

Atelier de Lectures Oecuménique du 16 octobre 2025

 

Fin  de  Vie   ///  Jean-Marie GOMAS et Pascale FAVRE

Peut-on choisir sa mort ?

 

 

Une mort paisible ?

J’ai toujours , depuis mon adolescence , entretenu une relation reconnaissante  avec cette façon dont l’un de mes auteurs préférés  a relaté de la mort de l’un de ses principaux personnages de roman. lequel d’entre nous ne souhaiterais pas de passer de vie à trépas dans cette poésie douce qui émane du texte que je vais me faire un plaisir de vous lire ?

 

Lecture du dernier paragraphe du chapitre «  Le dernier été »  extrait de l’ouvrage de John Galsworthy DERNIERS ÉPISODES DES FORSYTES.

<<<  L’horloge des écuries sonna quatre heures. Dans une demi-heure elle serait là ! Il avait juste le temps de faire un tout petit somme, car il avait si peu dormi ces derniers temps. . .  Et, s’installant dans son fauteuil, il ferma les yeux. Un duvet de chardon porté par un léger souffle d’air se posa sur sa moustache, plus blanche encore que lui. Il ne s’en aperçut pas mais sa respiration le fit remuer sans le détacher. . . Et la vague délicieuse du sommeil envahit le cerveau qu’il abritait et la tête s’inclina en avant et reposa sur la poitrine. . .

L’horloge sonna le quart. Le chien Balthazar s’étira et leva les yeux vers son maître. Le duvet de chardon ne remuait plus. . .  Et soudain, il poussa un long, un très long hurlement. Mais le flocon de duvet restait immobile comme la mort, comme la figure de son vieux maître.>>>

Est-ce là une parfaite image de ce que l’on pourrait qualifier de mort dans la dignité ?

Une mort dans la dignité ? Le témoignage d’une femme âgée de 90 ans, recueilli par Marie de HENNEZEL, cité p 88 de l’ouvrage de Jean-Marie GOMAS nous fait entrer dans la réalité du sujet tel qu’il s’inscrit dans l’ouvrage du médecin-gériatre « FIN de VIE , peut-on choisir sa mort ? « 

<<<  Je voudrais une mort apaisée, dans mon lit à moi, pas à l’hôpital. Je voudrais qu’on soit autour de moi et qu’on me dise des mots d’amour, qui me donnent la force de mourir, qu’on me touche avec des gestes doux et calmes, qu’on me laisse glisser dans la mort sans me forcer à manger si j’en ai plus envie. Je veux sentir la vie autour de moi, les enfants bouger, les gens parler, et, si je souffre, qu’on me donne ce qu’il faut pour que je n’aie plus mal. C’est ça, pour moi, mourir dans la dignité. >>>

Mais il y a aussi les tous derniers instants de la vie, et particulièrement  de ceux des plus innocents et des plus cruellement atteints par la maladie. J’ai retenu le témoignage du médecin-pédiatre dans un service hospitalier de neurologie dont l’ouvrage « Le temps de vivre et le temps de mourir » de Joëlle RANDEGGER complètera notre étude.

<<<  David est mort la nuit dernière . . .  J’étais seule à son chevet, impuissante à faire tomber sa fièvre et calmer sa difficulté à respirer. Il s’est éteint sans avoir pu revoir son père . . . 

Depuis quelques jours, dans la crainte de ne plus trouver son souffle, il réclamait en gémissant sa mère, morte l’hiver dernier et ne supportait plus de rester seul un instant. Ses nuits n’étaient plus qu’une lutte contre l’angoisse et l’asphyxie.. .

Cette fois, ses éducateurs nous l’avaient amené en urgence. Un coup de stéthoscope et un cliché radiologique m’avaient immédiatement fait comprendre la gravité extrême de cette dernière complication pulmonaire. Assise auprès de son lit , je ne l’avais pas quitté, n’ayant pas beaucoup d’autres médicaments à lui offrir que ma présence.

Devant une telle accumulation de ruptures, deuils, solitudes, souffrances physiques et morales, comment ne pas être profondément révoltée devant une société qui n’a pu protéger cet enfant pendant les neuf années de son existence ?. . . Il y a des soirs comme à cet instant suspendu au souffle d’un môme de neuf ans, où mon travail n’est plus que fatigue et compassion, où je rentre en moi-même avec ses seuls mots au bord des larmes : «  Jusques à quand, Seigneur, jusques à quand attendras-tu pour nous délivrer de cette violence ?.  « Celle qui laisse un enfant de mon pays mourir solitaire , avec comme seul espoir la promesse que je lui ai murmuré doucement avant qu’il n’exhale son dernier soupir : « David, n’aie pas peur , ta maman est là, tout près de toi, elle t’attend . . . » Tu as le droit de nous quitter.>>>

Mon introduction illustrée par quelques lectures ou témoignages choisis révèlent la multitude d’approches et de vécus différents dans les comportements humains.

Aucune anticipation sur une possible gestion des moments  de fin de vie n’est crédible et efficace. D’une façon générale, dès lors que le tragique compte à rebours d’une imminente et éprouvante disparition est enclenché, le temps d’application et de recours aux lois existantes est souvent  dépassé par l’évolution médicale et physique du patient.

Tout dépend du savoir-être et de l’être-là de l’environnement familial ou amical proche , et du savoir-faire de l’équipe médicale.

Parler dans ses conditions d’euthanasie ou de suicide assisté consiste à se référer à des résolutions envisagées par le patient en pleine possession de ses moyens. L’urgence des situations de fin de vie ouvre le champ de l’aide médicale à mourir : faut-il interpréter « aide » par le concept d’une « administration «  de la mort ?

Et qu’est-ce que « sédation » veut dire ? certains assimilent-t-ils ce terme comme une euthanasie déguisée ?

Aide médicale à mourir, aide médicalisée active à mourir, euthanasie, sédation profonde, sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès ( SPCMJD ), sédation transitoire proportionnée, suicide assisté, suicide pharmacologique, assistance à mourir, l’euthanasie ou mort sur rendez-vous, 

Toutes ces formules ou tous ces vocables appellent une clarification. L’emploi des mots justes est une condition indispensable pour appréhender les situations sans contresens, à la fois prises dans une approche  globale de la maladie du patient, que dans un décryptage ponctuel bien interprété de la crise sous-jacente.

 

Je vous propose d’ouvrir le chapitre constitutif de la deuxième partie de l’ouvrage du Dr J-M GOMEZ, à savoir 

Des croyances et des préjugés à revisiter (p51)

  1. (51) Je veux choisir ma mort ! Une parole de bien-portant. . . Il est illusoire de se projeter dans sa propre fin de vie, sans lien avec la réalité à venir. Comment s’organisera autour de soi le temps des derniers jours ? En présence de qui ?  Quel sera le rôle investi par la peur d’un abandon, celle d’un refus de la souffrance ?
  2. (54) Respecter ma liberté de choisir avant toute chose ! Je veux jouir de la liberté première de décider pour moi-même de l’enjeu d’une euthanasie ou d’un suicide assisté. Cette ultime liberté que je revendique ne se situe-t-elle pas au-delà même du champ conscient de ma liberté, c’est-à-dire qu’elle s’exerce lorsqu’on a cessé d’être libre ?. . . Parler de liberté me donne-t-il un droit à l’euthanasie ?
  3. (57) les directives anticipées ( Léonetti 2005) ne concernent que les choix relatifs aux soins de fin de vie ! Or depuis 2005, tout acharnement thérapeutique est prohibé. Inutile de la rappeler dans les D.A.  Elles dépendent essentiellement de l’état de lucidité du patient dans ses derniers instants sur Terre.

Cela signifie qu’elles sont rédigées dans l’intention d’une estime de soi réaffirmée, bannissant toute dégradation de qualité de vie ou abandon de dignité.

  1. (61) La personne de confiance. Différente de l » personne à prévenir, elle ne joue aucun rôle décisionnel ; sa désignation ne s’impose pas. Rôle consultatif.
  2. (63) Docteur, je veux mourir ! Cette invocation veut couper court à ce qui pourrait s’apparenter à un chemin de croix !. Elle relaie l’expression d’une souffrance et d’une appréhension sur un devenir sans avenir, soumis à des injonctions sociétales ou familiales. Cette déclaration demande à être décrypter : le médecin doit savoir écouter et reformuler les signes paradoxaux et l’ambivalence du message.
  3. (68) L’acceptation légale de l’euthanasie entrainera des dérapages. La banalisation de l’acte ouvrira la porte à une extension de la mort administrée à  d’autres sujets présentés comme incapables de se prendre en charge dans la société.
  4. (69) La sédation profonde . Présentée comme une euthanasie déguisée, elle est souvent présentée comme l’administration d’une mort de soif et de faim. Son déclenchement n’intervient qu’en fin de parcours, au moment ou son besoin est jugé urgent, impératif et indispensable pour soulager les dernières heures d’un patient livré à une souffrance réfractaire ;
  5. (74) La nutrition du patient en soins palliatifs. L’acte de se nourrir est associé à un symbole puissant de la vie. Le plaisir gustatif justifie autant que faire se peut au maintien d’une alimentation orale. Il permet de maintenir avec les visiteurs une valeur relationnelle.
  6. (76) Les voies artificielles sont pratiquées pour éviter des complications ou risques d’encombrement respiratoire. Perfusions périphériques ou cathéter central. Sondes gaso-gastriques. Recours à l’hydratation pour éviter les encombrements bronchiques. Intensification des soins de bouche.
  7. (79) Une loi permettrait la disparition des euthanasies  clandestines et garantirait une égalité pour tous. De même que chaque «  lorsqu’une vie est singulière, chaque fin de vie sera toujours unique. Comment légaliser un droit à mourir ?  Lorsqu’une société en vient à légaliser l’euthanasie, ne perd-il tout droit au respect ? comment peut-on imaginer que dans un tel environnement social, l’État puisse garantir la vie et développer sa capacité à protéger sa population ?
  8. (81) On ne peut pas le laisser ainsi souffrir comme ça, faites-lui la piqure ! «  Il ( ou elle ) souffre ! « douleur physique . . . souffrance morale ! la douleur physique peut et doit être soulagée aussitôt ; Un accompagnement bien conduit permet le soulagement de l’immense majorité des douleurs. La souffrance morale touche des zones complexes du psychisme qui se prêtent mal à un contrôle. L’angoisse de mort est universellement partagée. L’apaisement est favorisé par la présence d’un cercle familial bienveillant et chaleureux et pas celle d’une équipe soignante attentive et disponible.

La compassion est un argument qui est utilisé tant par les détracteurs que par les défenseurs de l’euthanasie. Un juste usage de la compassion doit conduire au soulagement de la souffrance du patient. Proposer une euthanasie au nom de la compassion à un patient mal soulagé est un contresens majeur.

Une volonté de maîtrise, érigée en toute-puissance et faussement édifiée sur le motif compassionnel a pu conduire certains soignants à multiplier des euthanasies sauvages.

L’exemple de Christine MALÈVRE est édifiant. Sous le couvert d’une mission de délivrance dont elle se sentait investie, cette ex-infirmière a procédé à l’euthanasie de plusieurs malades

(85) Mourir dans la dignité ! Maître-mot utilisé par les défenseurs de l’euthanasie. Cela veut-il dire que seules sont dignes  les morts programmées ?

La mort survenant comme une issue naturelle de la maladie paraîtrait reléguée    au rang d’indignité ? Bien des fois, en demandant la mort, c’est l’amour qu’on appelle !

Qui définit ce qui est digne et indigne dans la mort ? Cf la déclaration universelle des droits de l’homme : La dignité érigée comme valeur humaine inconditionnelle, qui ne peut jamais lui être ôtée. Elle appelle en retour le respect. Dans cette confusion des interprétations, s’agirait-il plus « d’une perte d’estime de soi « 

(89) Le palliatif, c’est ne plus rien faire. De toute façon, ça ne sert à rien puisqu’il (elle) va mourir ! L’antichambre de la mort . . . ou Tout ce qui reste à faire quand il n’y a plus rien à faire. Regarder le malade avec un œil différent, en étant persuadé qu’il a une raison de vivre jusqu’au bout !

Lecture de la prise en charge de Mme G.M. ( p90 ) par une unité de soins palliatifs : exercice associant rigueur clinique et précision du diagnostic.

<< la fille de Mme G.M. contacte le service de soins palliatifs pour demander l’admission de sa mère âgée de 87 ans qu’elle dit être en fin de vie . . . >>

L’accompagnement : Tout un chacun peut accompagner un proche dans une période difficile de sa vie , c’est-à-dire le soutenir par sa présence. Cette assistance requiert une réelle disponibilité, une intense attention à l’autre, la mise de côté de ses propres attentes et de ses angoisses personnelles. Il s’agit pour lui d’être là.

(94) L’organisation palliative en France.

HAD  Hospitalisation à Domicile

EMSP Équipe Mobile de Soins Palliatifs 

USP  Unité de Soins Palliatifs

Midozalan produit phare des différents types de sédation

EHPAD Plus du tiers des  610 000 résidents dans 7 000 établissements sont atteints de maladie neuro dégénérative.

 

Le Bénévole accompagnant.

  • . . . Je l’ai été pendant presque 15 ans ! –

Le bénévole  doit faire preuve d’une juste conscience de la relation à l’autre et une acceptation de la finitude , tant pour lui-même que pour celui ou celle qu’il visite.

Visite n’est d’ailleurs  pas le mot qui puisse convenir !  Son temps de présence auprès du patient en fin de vie suppose pour le bénévole un ressenti intime d’une légitimité personnelle dénuée de toute autorité  au sein de cette parenthèse qui lui est provisoirement ouverte par le patient.

Présence, Écoute dans la discrétion, respect de l’altérité, non jugement, respect de l’intimité de la personne malade et de son milieu familial.

Considérer le patient en fin de vie, c’est prendre considération de la mort, de sa puissance, de cette issue prochaine d’une vie assumée ; 

Donner au patient une légitimité dans sa démarche, l’accepter tel qu’il est, lui donner du poids dans sa recherche, accepter sa colère, son impuissance, lui faire prendre conscience par lui-même d’autres cheminements justifiant d’autres positions . . .

Considération n’est pas compassion ; la compassion à elle seule ne fonde aucune éthique.

La CONSIDÉRATION, au contraire

1/ Implique que la morale ne concerne pas seulement nos relations aux autres mais aussi notre rapport à nous-même

2/ S’enracine dans l’humilité qui dépouille le sujet de tous les attributs conférés par la société et liés au rang

3/ entraîne un comportement ( Manière d’être )  qui conduit l’individu à s’ouvrir aux autres en étant dans la transmission et non dans la rétention.

4/ débouche sur la magnanimité, vertu qui s’oppose à l’orgueil et à la fausse modestie

L’accompagnement suppose-t-il la rencontre , à chaque fois nouvelle, incongrue, renouvelée de deux histoires dont l’une , l’accompagnant,  suit un fil logique en prise sur la société, et l’autre, le malade en fin de vie réagit avec ses moyens limités dans un questionnement sur la valeur de son  existence. 

Le bénévole entend-il se placer dans le jeu de la Rencontre avec le malade condamné à une fin de vie prochaine ?

Spectre très large du mot Rencontre ! . . .

Attention : l’accompagnement d’un malade en soins palliatifs ne peut engager une rencontre sur un même plan  entre deux individualités complètement étrangères l’une à l’autre !  Leur espérance de vie réciproque les propulse à des années-lumière l’une de l’autre  ! 

La mort est précédée par une kyrielle de « petites morts » qui précèdent le grand départ.

L’accompagnement d’une personne en fin de vie  se limite  à tout ce qui reste à faire quand il n’y a plus rien à faire !

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Quelques notions-guide attachées à la perception des derniers jours

Le consentement à mourir est lié à une acceptation totale de sa finitude, se détacher des liens affectifs et matériels Il arrive si souvent que les conditions de prise en charge d’un malade en fin de vie peuvent se révéler indigne.

Se pose la question de la formation du corps médical au contrôle des symptômes, de la douleur, de la souffrance.

L’accompagnement des personnes dans les derniers moments est-il appréhendé différemment dans d’autres cultures que la nôtre ?

Administrer la mort n’est pas une aide à mourir ! Accepter les limites dans sa vie pour mourir = faire preuve de lucidité. Le lâcher-prise

Ceux qui ne peuvent plus se suicider auraient dû y penser avant !

Rendre le malade acteur de sa propre vie : suppose une anticipation du suicide assisté

Quid de l’acharnement thérapeutique pratiqué sur les dialysés ?

Les euthanasies soulagent les budgets des hôpitaux !

Quand le délire envahit la parole  ( symptôme neuropsychiatrique : confrontation à l’angoisse de la mort en phase palliative, fracas psychique. . . )

Quand la parole devient cri !

Quand le dernier souffle est rendu . . . . sans la famille

Aucune législation ne permettra de dire ce «  qu’est une bonne mort ! » 

Quand on veut faire taire la parole 

Ambivalence entre le désir de vie, et l’aveu d’impuissance.

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Jean-Marie GOMEZ décrit dans un chapitre complémentaire, «  Les chemins du mourir »  la succession de tableaux cliniques liés à la progressive perte de repères du malade en fin de vie.

C’est ainsi qu’il s’attache à décrypter chez le malade   la somnolence, l’agitation, la confusion, le délire, les hallucinations dans les troubles du comportement.

Soins de bouche, soins du corps, escarres, détresse respiratoire exigent des équipes médicales une prise en charge attentive.

La personne en fin de vie se confronte à une série d’états existentiels bien identifiés,  qui, ajoutés les uns aux autres, peuvent le transformer jusqu’à compliquer à l’extrême le soin à prodiguer. L’auteur signale les impacts que peuvent générer successivement ou en même temps la souffrance ( morale, existentielle ), la douleur ( physique ), la dépression, la fatigue de vivre, le vieillissement, la limitation ou l’arrêt du traitement, les comas, les dons d’organe.

Je voudrai prolonger la réflexion du docteur GOMAS lorsqu’il évoque dans les dernières pages de son ouvrage :

  • le sens de la vie « ça n’a plus de sens, Docteur !  il faut que cela s’arrête. . . «
  • la spiritualité

Il fait la distinction entre le besoin religieux, auquel des rites ou des traditions peuvent répondre de façon explicite, et le besoin spirituel laïque ( comme vie de l’esprit) qui appelle la présence et le partage avec autrui. 

Je ne voudrais pas clore ce partage sur le sujet de la FIN de VIE , dont l’auteur nous a donné tout un éventail de clefs pour déverrouiller les interrogations, craintes, incertitudes liées au passage de la vie à la mort, sans m’appuyer sur la contribution écrite par la pédiatre Joëlle RANDEGGER dans son ouvrage «  Le temps de Vivre et le temps de Mourir .

C’est guidé par son savoir de médecin confronté, tout comme Jean-Marie GOMAS, aux réalités des scénarios de fin de vie, mais  aussi par sa référence constante aux écrits bibliques et à sa foi protestante que j’ai voulu étendre le sujet à travers la perception très assumée d’une croyante chrétienne contemporaine.    

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Du côté des religions, rien n’est tout à fait simple, même si des voix catholiques,  orthodoxes, juives, musulmanes récusent tout acte médical euthanasique. Pour les religions dans leur globalité, l’acte médical euthanasique équivaut à un homicide volontaire, voire une transgression de la loi divine.

Comment appliquer le faire droit à l’amour et à la grâce, dans l’accompagnement de l’être en fin de vie ?

Les mesures d’accompagnement ne répondent-elles pas en elles-mêmes à ce temps de solitude, d’abandon, d’effroi dont la perspective demeure insupportable au patient promis à la souffrance ?   

Toute vie n’est-elle pas sacrée, intouchable, y compris celle d’un être considéré comme inférieur ? Le questionnement pourrait inclure aujourd’hui les animaux jusqu’à certaines formes de vie végétale. . .

Le corps médical «  croyant ( se réclamant d’une éthique chrétienne) » accepte sans réserve les dispositions de la Loi LÉONETTI de 2005 justifiant la possibilité d’une sédation terminale pour soulager la douleur insupportable.

Du côté protestant, les opinions sont diverses.

Le synode national de L’EPUF réuni à Lyon en mai 2013 << n’ambitionne nullement de prescrire des consignes, ni d’exprimer une parole définitive sur une question qui touche au plus intime et à l’ultime de chaque vie. Nous ( protestants réformés et luthériens ) refusons de croire que, devant la maladie, la souffrance et la mort, il puisse y avoir un cadre rigide qui définirait ce qu’est la dignité, la liberté individuelle ou la responsabilité collective. >>.

Sur la fin de vie, aucune recommandation de Jésus ne se trouve dans les évangiles ou dans les épitres de PAUL, à l’instar de celles que l’on identifie sur l’adultère, le divorce, le vol, la corruption, ou le culte de l’argent ou du pouvoir.

Jésus ne parle pas de la souffrance, il ne l’explique pas mais il la soigne ; il l’apaise chaque fois qu’il la rencontre.

Il n’en parle pas . . .  mais va l’affronter lui-même tout au long d’une agonie scandaleuse et parfaitement indigne.

Jésus de Nazareth a-t-il maîtrisé sa vie jusqu’au bout ?

Nombreux sont ceux qui prônent la responsabilité pleine et entière de l’homme sur sa vie , et désirent la maîtriser jusqu’à son terme en revendiquant l’exercice de leur liberté souveraine . Les adhérents à l’ADMD font leur ce constat : << Je ne suis libre que si ma vie m’appartient. Elle ne m’appartient que si j’ai le droit de – la maîtriser jusqu’au bout – voire de  l’interrompre >>

Cette  sérénité revendiquée et pratiquée au nom d’un sens affirmé de l’exercice d’une responsabilité personnelle trouve cependant ses limites du fait qu’elle  est formulée la plupart du temps par un être bien portant.

Sommes-nous entrainés, à notre corps défendant, dans un combat autant spirituel que personnel qui oppose «  liberté de conscience » et «  libre-arbitre » ?

Quand Luther reconnait que notre libre-arbitre s’exerce dans les choix contingents – usuels – de la vie quotidienne, intègre-t-il dans ces choix de la vie courante celui de l’atteinte à sa propre vie ?

Pour l’apôtre PAUL, dont l’Épitre aux Romains a directement inspiré la conversion de LUTHER, notre liberté ne peut être une occasion de vivre selon les « désirs de la chair » , c’est-à-dire d’en user pour notre propre plaisir et convenance. Elle n’est donnée que pour le service d’autrui.<< Laissez-vous guider par l’amour pour vous mettre au service des uns des autres >> déclare-t-il après avoir affirmé que nous sommes appelés à la liberté (Gal 5/13).

Retour à la phrase du Deutéronome : « Voici je mets devant toi la vie ou la mort, choisis la vie afin que tu vives !  Deut 30/15 » 

La liberté de la personne  ne constitue-t-elle pas une valeur qui évolue avec le temps et l’approche du décès ?

La personne en fin de vie , douloureuse, solitaire, angoissée, est-elle vraiment capable de discerner ce qu’est encore une vie libre ?

Notre véritable liberté dans ces moments du grand largage des amarres ne consiste-t-elle pas à se libérer de nos conditionnements de pensée, de nos émotions épidermiques, des barrages mis en place pour nous défendre des aléas de la vie ? Libérés de la peur, de la dégradation, de la dépendance , de la souffrance . . . . et de la mort ?

Vouloir vivre et désirer mourir !

La pédiatre et aumônière protestante  J RANDEGGER s’est nourrie de sa longue  expérience des agonies multiples et singulières, la plupart atroces ou interminables, quelques unes lumineuses, sereines, presque vivifiantes pour constater pour la grande majorité un «  vouloir vivre » malgré tout.

Dés que la maladie prend le dessus sur l’anticipation, une volonté folle de vivre, même dans des conditions de dénuement et de dégradations extrêmes habite s’impose au corps médical comme aux acteurs des accompagnements des patients. Le désir de mort à l’œuvre dans notre société, imprégnant les croyants comme les athées est une réponse à un abyssal manque d’écoute et de respect. Elle correspond à la tentation de combler le vide de ces piliers de l’existence humaine à savoir :

Reconnaissance, Relation, Sécurité, Vérité, Liberté, Créativité, et Justice. 

Vide qui éveille l’angoisse, la peur, le désespoir et le sursaut d’orgueil d’un humain confronté à sa fragilité.

 

Pierre Bécheret

 Atelier de lectures œcuménique de la paroisse de Villefranche ( EPUDF )  

16 octobre 2025 

Contact :

17 Rue Auguste Aucour, 69400 Villefranche-sur-Saône

04 74 68 19 56

L’Eglise protestante unie de Villefranche vous accueille pour prier, chanter, réfléchir et partager…

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Culte :

Tous les Dimanche à  10h30

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